Inspirez ! Conspirez !
par Terreur Graphique

la conspiration est un sport de combat

Durant cinq mois, l'auteur de bande dessinée Terreur Graphique investit le Labo de création de Ciclic en tenant une chronique hebdomadaire autour du thème de la conspiration. Depuis le 28 mars, vous pouvez découvrir, chaque mardi, une publication originale sur le site livre.ciclic.fr.
Quatre rencontres sont proposées dans divers lieux de la région dédiés à la bande dessinée. Elles sont organisées en partenariat avec le laboratoire InTRu et animées par Laurent Gerbier, maître de conférences en philosophie à l’Université François-Rabelais de Tours.


La conspiration est un sport de combat

Ce rendez-vous hebdomadaire sera l’occasion de questionner l’actualité, le monde en mouvement grâce à la bande dessinée.
Une bande dessinée, s’inscrivant dans la démarche d’expérimentation du labo, en mouvement elle aussi.
Interroger l’actualité en la travestissant, en la pervertissant, en empruntant une voie très en vogue en ce moment : celle de la conspiration.
Inspirez ! Conspirez ! c’est une fabrique de faits alternatifs car à chaque événement, ses multiples versions.
Chaque épisode mettra en scène deux corps en mouvement, s’affrontant verbalement, thèse contre thèse
(au lecteur le libre choix d’adopter celle qu’il préfère, la vraie ou la fausse, si il y en a une véridique bien sûr)
et physiquement dans l’exercice d’un sport, le tout dans une animation simple et fluide adapté au format internet.
Thèse contre thèse
corps contre corps
la conspiration sera vraiment un sport de combat.
[Terreur Graphique]
 

Terreur Graphique et la bande dessinée du réel

Laurent Gerbier, enseignant-chercheur à l'Université de Tours, décrit ainsi la bande dessinée du réel, courant dans lequel s'inscrit Terreur Graphique :

Après avoir été longtemps cantonnée dans le domaine de la fiction, et enfermée dans des genres précis de la fiction (science-fiction, fantasy, western, policier, aventure, etc.), la bande dessinée a depuis quelques décennies abondamment montré qu’elle pouvait adopter les formes plus variées et plus expérimentales d’un « compte-rendu de la réalité ». On peut bien sûr penser à la bande dessinée de reportage (dont les livres de Joe Sacco, Palestine en 1996 ou Gorazde en 2000, ont donné des exemples), mais aussi à la bande dessinée « documentaire » dont Étienne Davodeau a donné de nombreux exemples (Les Mauvaises Gens, 2005), ou à la bande dessinée militante, qu’illustre Philippe Squarzoni (Saison Brune, 2012). Ces différentes voies se rejoignent dans les usages de la bande dessinée dont témoigne par exemple La Revue Dessinée, créée en 2012.

Cependant, il serait trop simple de restreindre ce que l’on nomme de plus en plus souvent la « bande dessinée du réel » à une approche journalistique du neuvième art. En réalité, il y a beaucoup d’autres manières d’approcher le réel par le récit dessiné : les carnets de voyages, le croquis d’audience, la vulgarisation scientifique, ou les témoignages biographiques (ou autobiographiques) dessinent ainsi d’autres types de « bande dessinée du réel ».

Dans le cadre de la résidence d’artiste, l’idée pourrait être de proposer l’ensemble de ces voies à un auteur, afin qu’il définisse lui-même les outils graphiques et narratifs qui lui permettent de s’emparer du réel et de l’exprimer : l’approche sera-t-elle journalistique, ou documentaire ? Passera-t-elle par le compte-rendu visuel (photographie, croquis, carnet, carte postale) ? Adoptera-t-elle les formes plus acides et plus anciennes du dessin de presse, du cartoon satirique ou mordant, et tentera-t-elle de développer un discours critique ? Toutes ces voies peuvent être ouvertes, pourvu qu’il s’agisse bien d’entreprendre la « conquête de la réalité » par le biais du récit dessiné.