Publié le 09/07/2018

Frédéric Debomy en résidence à bd BOUM / Maison de la BD Blois (41)

La maison de la BD accueille, du 1er octobre à 30 novembre 2017, Frédéric Debomy scénariste de bande dessinée en résidence d'auteur. Lors de sa résidence il se consacre à l'écriture d'une bande dessinée reportage sur le "Rwanda : après le génocide". Durant ces deux mois, il partagera son temps entre création artistique et rencontres avec le public blésois.  Un projet soutenu par Ciclic.

Son projet d'écriture : "Rwanda : après le génocide"

Le génocide des Tutsi du Rwanda
Du 6 avril au 4 juillet 1994, entre huit cent mille et un million de personnes sont exterminées au Rwanda, petit pays d'Afrique centrale. Il s'agit d'un génocide : la minorité tutsi est désignée par le pouvoir en placecomme étant l'ennemi intérieur. La majorité hutu est ensuite invitée à se défendre de la supposée menace tutsi par la violence : les Hutu, s'ils veulent survivre, doivent éliminer les Tutsi. La propagande réussit et le "génocide de proximité" a lieu (on tue ses voisins, les membres de sa famille...). Pourtant, le pouvoir rwandais n'en sort pas renforcé : il perd la guerre qui l'oppose au Front Patriotique Rwandais (FPR), mouvement politique et armé composé en majorité de Tutsi mais critique de la division de la société rwandaise entre Hutu et Tutsi (pour le FPR, Hutu et Tutsi ne forment qu'une seule et même ethnie). La progression du FPR fait cesser le génocide, jusqu'à sa victoire complète. L'homme fort du mouvement, Paul Kagamé, devient le président du Rwanda en 2000. En 2015, il occupe toujours cette fonction.

Les auteurs, personnages de la bande dessinée
Dans certaines bandes dessinées de reportage, rien ne vient expliquer pourquoi les auteurs se trouvent là ou s'intéressent au thème choisi. Cela peut s'expliquer, en partie, par le fait que beaucoup des idées de reportage ne viennent pas des auteurs eux-mêmes : il leur est passé commande.
Il nous semble au contraire important de préciser qui parle, et pourquoi nous nous trouvons là. Le projet, articulé autour de nos déplacements et de nos rencontres, sera aussi constitué des échanges entre les deux auteurs. Le récit, bien entendu, ne doit pas non plus être consacré à nos questionnements et nos attentes, et nous saurons nous effacer quand il le faut.

Pourquoi la bande dessinée
Pour un tel projet, plusieurs formes seraient possibles. Auteurs de bande dessinée l'un et l'autre (Benoît Guillaume comme scénariste et dessinateur, Frédéric Debomy comme scénariste), nous avons naturellement pensé à ce langage qui nous est familier.
Il nous semble cependant qu'à cet argument du "pourquoi pas ?" s'en ajoutent d'autres plus pertinents. D'abord, nous ne souhaitons pas seulement recueillir des paroles mais aussi les inscrire dans leur environnement. Cet environnement, quoi de mieux que le dessiner ?
Nous dessinerons, aussi, les personnes avec qui nous parlerons. Nous pourrions, certes, les filmer ou les photographier. Mais le rapport instauré avec une personne que l'on filme ou que l'on photographie n'est évidemment pas le même : la présence de la technique met tout de suite une distance entre la personne qui interroge et la personne interrogée. La personne portraiturée, en outre, peut avoir comme réflexe de vouloir se présenter sous son meilleur jour : face à la caméra ou à l'appareil photo, elle se préoccupera de montrer son bon profil ou de s'exprimer le mieux possible (ou pire, ne se laissera pas aller à dire ce qu'elle pense vraiment). La présence du dessinateur est plus discrète : si elle n'élimine pas ces problèmes, elle les génère moins. Le dessin est un instrument qui trouble moins le dialogue, et laisse mieux la relation s'instaurer.

L'ambition du projet
Certaines bandes dessinées de reportage se pensent comme des œuvres de vulgarisation : l'idée est de toucher un public qui ne lirait pas un essai.
Ce n'est pas ce que nous souhaitons faire. Si nous voulons être plus ambitieux, nous ne voulons pas pour autant nous adresser à un public de spécialistes : nous aspirons à trouver cet équilibre entre l'exigence de fond et l'accessibilité du propos.


Frédéric Debomy ou le récit à facettes
par Laurent Gerbier, enseignant-chercheur en histoire et théorie de la bande dessinée

Il est désormais admis que la bande dessinée n’est pas par nature destinée à se cantonner à la fiction : depuis une douzaine d’années, elle investit les territoires variés de la non-fiction, du reportage militant au récit historique en passant par le journalisme, le documentaire ou la vulgarisation scientifique. Elle rejette ainsi sa réduction à la fiction comme elle a naguère, avec le roman graphique, refusé sa réduction à une littérature pour enfants ; et elle revendique sa capacité à explorer de nouvelles manières de nommer et de décrire la réalité, comme elle a naguère, avec l’autobiographie dessinée, revendiqué sa capacité à dire le plus intime et le plus complexe de l’expérience de vivre.

On a pris l’habitude de nommer « bande dessinée du réel » l’ensemble des formes de cette expérimentation multiple. Ces formes sont riches, mais elles doivent en partie leur richesse à une certaine résistance du « réel » lui-même : matériau moins plastique que la fiction, plus opaque, plus friable, le réel se dérobe et semble constamment s’éparpiller en une multitude de situations singulières et d’accidents chaotiques. Comment embrasser cette variété radicale, ces transformations permanentes ? C’est en inventant des réponses pratiques à cette question qui ne cesse de revenir que la bande dessinée « du réel » entreprend de renouveler son langage narratif et graphique.

Frédéric Debomy, scénariste de bande dessinée et militant au sein de l’association Info Birmanie depuis plus de dix ans, a affronté ce problème dans les différents livres qu’il a consacré à l’histoire politique et sociale de la Birmanie contemporaine. Il y répond en expérimentant une forme de récit fragmentaire, construit par couches superposées et incomplètes, dont les facettes variées cherchent à épouser au plus près les contradictions, les complexités, les ambiguïtés de la réalité qu’il essaye de saisir. Deux livres récents, tous deux publiés en 2016 chez Cambourakis, témoignent de cette expérimentation.

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Frédéric Debomy ©Sophie Daret

Frédéric Debomy ©Sophie Daret

Frédéric Debomy est né le 11 juillet 1975 dans les Hauts-de-Seine.
Scénariste de bande dessinée, il a publié divers ouvrages avec les dessinateurs Edmond Baudoin, Olivier Bramanti et Louis Joos. 
Il publie sa première bande dessinée, Suite bleue, avec le dessinateur Louis Joos en 2001. Cette même année,  il initie au sein de l'association Khiasma un projet intitulé Birmanie, la peur est une habitude : un livre mélangeant témoignages et bandes dessinées paraît, relayé par une exposition. Il assure ensuite de 2005 à 2011 la coordination puis la présidence de l'association Info Birmanie, qu'il quitte après avoir dirigé le livre Résistances  –  Pour une Birmanie libre,  auquel contribuent Aung San Suu Kyi et Stéphane Hessel. 
Sur le sujet, il a récemment publié  Birmanie – Des femmes en résistance et Birmanie – De la dictature à la démocratie ? (troisième édition de Birmanie, la peur est une habitude). 
Il a assuré la programmation des éditions 2011 et 2012 du Festival international du film des droits de l'homme de Paris. 
Son premier ouvrage relatif au génocide des Tutsi du Rwanda est une fiction dessinée :  Turquoise, avec Olivier Bramanti (2012). En 2010 il prend part, comme chercheur, à un colloque de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) : "Entreprises de "réécriture" de l'histoire : controverses autour du génocide des Tutsis." Sa contribution à la revue Les Temps Modernes date de décembre 2014.

Bibliographie de Frédéric Debomy :

  • Birmanie, Fragments d'une réalité, Dessins de Benoît Guillaume, Cambourakis, 2016.
  • Sur le fil. Dix ans d'engagement pour la Birmanie, Dessins de Benoît Guillaume et Sylvain Victor, Cambourakis, 2016.
  • Le génocide des Tutsi et la télévision française dans Les Temps Modernes n° 680 (Le génocide des Tutsi, 1994-2014 : Quelle histoire ? Quelle mémoire ?), Gallimard, 2014.
  • Le Vertige, Dessins d'Edmond Baudoin, Cambourakis, 2014.
  • Birmanie – De la dictature à la démocratie ? (Birmanie, la peur est une habitude, troisième édition). Ouvrage collectif sous la direction de F. Debomy, Cambourakis, 2014.
  • Birmanie – Des femmes en résistance, Préface de Shirin Ebadi, Buchet/Chastel, 2014.
  • « Chroniques de Rangoun » dans Nouvelles de Birmanie. Ouvrage collectif, Reflets d'ailleurs, 2013.
  • Turquoise. Dessins d'Olivier Bramanti, Les Cahiers dessinés, 2012.
  • Résistances - Pour une Birmanie libre, Aung San Suu Kyi, Stéphane Hessel et Info Birmanie (sous la direction de F. Debomy), Don Quichotte, 2011.
  • Une vie silencieuse. Dessins de Louis Joos, Albin Michel, 2005.
  • Birmanie, la peur est une habitude. Ouvrage collectif sous la direction de F. Debomy, Khiasma, 2003 et Carabas, 2008.
  • "Saxo" 1 et 2 dans Taches de jazz d'Edmond Baudoin, Le 9e Monde, 2002.
  • Suite bleue, Dessins de Louis Joos, Le 9e Monde, 2001. 

L'association bd BOUM est née à Blois en 1984, dès sa création, le projet associatif s'est démarqué avec une orientation pédagogique. Depuis chaque année, pendant trois jours, le festival bd BOUM accueille environ 22 000 visiteurs et 150 auteurs. La manifestation entend proposer un projet différent, décliné à travers des orientations artistiques mais aussi pédagogiques, sociales et citoyennes.

Depuis 1998, bd BOUM développe un projet éditorial en utilisant la BD comme outil d'information et d'insertion en réalisant des ouvrages sur différents thèmes de société à travers des témoignages (détenus, sourds, jeunes des quartiers sensibles, public illettré...). Ces histoires de vie permettent aux sujets de se comprendre, d'analyser les événements et les rencontres ayant jalonné leurs histoires et d'en faire un récit leur donnant du sens dans un contexte sociohistorique, certes déterminant, mais dans lequel une marge de manœuvre propre persiste. Pour permettre aux individus de faire face aux diverses ruptures auxquelles ils sont confrontés, cette réflexion sur soi donne aux témoins la possibilité, par une construction narrative accompagnée, d'accéder à leurs propres histoires, de devenir acteurs de leurs vies autant qu'auteurs de leur texte et de se réapproprier le sens global de leur histoire. Il s'agit de récits individuels qui ne seront pas totalement représentatifs des réalités de la maladie mentale mais qui en montreront quelques facettes. Ce sont à la fois des récits de parcours – ce parcours qui constitue le point commun entre tous les patients – et parfois la narration d'un temps précis de l'histoire des témoins.


Un projet soutenu par Ciclic, grâce au disposif de soutien aux structures pour les résidences d’auteur