Le semainier d'Anne Savelli | février 2018
De bruit et de douceur #2

Le semainier est un journal d'écriture qu'Anne Savelli met en ligne chaque dimanche depuis le 1er janvier 2018 sur son blog, expérience destinée à durer un an. On y trouve du texte, des photos, des liens vers des vidéos et des fichiers son. Parmi ces derniers, apparaissent parfois des « minutes à », portraits miniatures et sonores des villes dans lesquelles elle se rend. Elles sont amenées à se développer.

Nous vous proposons de retrouver ici les extraits du semainier qui concernent sa résidence à Chartres ainsi que son nouveau projet d'écriture, intitulé Bruits, roman qu'elle entame alors qu'elle termine le livre précédent, Volte-face, consacré à Marilyn Monroe et à la photographie.
Il est parfois également question du collectif d'auteurs L'aiR Nu (Littérature Radio Numérique), auquel Anne appartient, et qui propose régulièrement des actions poétiques et littéraires, en ligne ou in situ. Chaque vendredi, elle met en ligne sur le site deux lectures audio sous le titre 36 secondes

La rubrique sera régulièrement actualisée jusqu'au début de l'été prochain. 

[découvrez le semainier de janvier ICI]

>>> Février <<< 

Semaine #5 – maisons, librairies, galeries

Début de résidence : parmi les propositions faites avec Olivier L'Hostis, il y a l'idée d'aller animer une émission de radio par mois, reflet de ce qui se passe à la librairie L'Esperluète.

Dimanche Charybde met en ligne l'enregistrement de la rencontre qui a eu lieu un peu plus tôt, animée par Gilda Fiermonte : quel boulot les libraires abattent-ils ! Où il est donc question en une heure, si je me souviens bien, de Décor Daguerre et de À même la peau, mais également du Marilyn, avec un nouvel extrait, et d'autres livres (Fenêtres, Cowboy Junkies...) 

Mercredi, c'est le moment de se rendre à Chartres. Avec Olivier, nous allons faire de la radio, émission qui sera diffusée le vendredi. Surprise : les studios se trouvent dans un ancien cloître. Surprise bis : il s'agit d'une radio chrétienne (Radio Grand ciel), ce dont je ne me rends compte qu'après - cela ne change rien à ce qu'on se raconte, casque sur les oreilles.

Douceur, douceur... Pendant l'émission, Olivier déclare que la librairie L'Esperluète, durant la résidence, sera ma maison. Je ne risque pas d'oublier cette phrase, qui résonne tout de suite. De retour à la librairie, d'ailleurs, je photographie ma "pièce d'écriture", oloé que je m'approprie et qui, en réalité, est une galerie photo. 

J'ai un peu de temps, j'installe une chaise (que, pressée de ne pas rater le train du retour, j'oublierai de ranger), écris ce qui pourra à la fois me servir pour le livre à venir et le prochain atelier, lequel aura lieu à la Vallée aux Loups samedi. J'aime l'idée d'un lien possible entre les choses, les gens...

Lors de la Nuit de la lecture il y avait ainsi des participants à mes ateliers venus de tout près, de Châtenay-Malabry, mais également d'autres écrivants avec lesquels je travaille parfois à Paris. Le vendredi 9 février, date où, à nouveau chez Chateaubriand, dans le cadre de La Science se livre j'interrogerai Joachim Séné sur son double parcours d'écrivain et d'informaticien (décidément, on ne quitte plus la maison !), une enseignante rencontrée à la Maison de la poésie m'a dit qu'elle se rendrait. C'est beau, toute cette circulation. 

Dans la galerie de L'Esperluète, où une série de photos de Bernard Plossu, liées par une thématique ferroviaire, est exposée, je rencontre un photographe qui me laisse sa carte et un jeune homme qui s'installe dans l'unique fauteuil de la pièce. Il lit tranquillement du Bataille. Plus tard, j'apprendrai qu'il laisse parfois croire à qui le lui demande qu'il est Plossu lui-même. 

Dans le train du retour, malgré la pluie battante qui ne m'a rien montré de la ville, je me dis, me répète que j'ai vraiment de la chance. Je sais qu'il s'agit en réalité d'un travail de longue haleine, d'une lutte contre le découragement qui prend quand les projets n'aboutissent pas, aussi. N'empêche : je savoure cette félicité tout en enregistrant ma voisine de derrière sans trop savoir ce que je ferai de ce bruit. 

Samedi Et voilà comment la boucle de la semaine est bouclée : pour l'atelier à la Vallée aux Loups, j'arrive donc avec une proposition intimement liée à l'exposition Bernard Plossu à Chartres. Les ateliers qui se déroulent dans la maison de Chateaubriand se passent toujours très bien mais cette fois, il me semble qu'apparaît une dimension supplémentaire : celle d'un texte collectif, ramifié, enrichi à mesure que nous découvrons chaque texte particulier. J'enregistre les participants en me glissant sous une des tables de la bibliothèque (penser au corps : le travail entamé avec Magali, la danseuse de Pièces détachées, me revient) (par ailleurs, j'ai déjà effectué un enregistrement choral avec un des groupes d'enseignants le lundi à la Maison de la poésie, c'était une impro, l'idée a fait son chemin). 

Nous repartons vraiment contents, je crois.

 

 

Semaine #6 – paroles, messages, silence 

 Où il est question de neige, et d'une collection de photos d'horloges qui se met en place pour nourrir Bruits, roman minuté.

Dimanche Un mois à travailler six jours sur sept, le septième jour c'est hypnotique : je ne peux rien faire. Rien du tout. Rien, mais rien de productif, surtout. Aller aux Buttes-Chaumont ? Ce serait préparer l'atelier que j'y mènerai à la fin du mois. Non, non, rien. Juste mettre en forme l'enregistrement de celui de samedi à la Vallée aux Loups, et envoyer le fichier à qui me le demande. Chercher des photos liées aux gares, au temps. Continuer la lecture de Claustria. Tenter de réduire la taille de ma messagerie qui arrive à saturation, sans y parvenir. Et c'est tout. 

Lundi Nager sous la neige, ou presque. J'avais l'idée d'un roman qui se serait appelé Ciel de verre, que je n'ai pas écrit faute de moyens. Il se serait passé entièrement dans le bassin sportif d'une piscine. Peut-être sera-t-il inséré dans Bruits, qui l'engloutira ? En attendant, le ciel au dessus de la ligne d'eau est parfaitement compact.
Café avec un ami auteur qui lui aussi a une idée de livre dédié au son, au bruit, mais très différente de la mienne : on en reparlera. 

Inscrite au Bal du silence de jeudi, mené par Mathieu Simonet à Beaubourg. Hâte de tenter l'expérience. Je ne regarde pas la vidéo exprès, pour ne pas avoir d'idée préconçue sur ce qui va se produire. 

La neige, dans ce qu'elle nous renvoie d'enfance, à nous qui ne pouvons résister, la prenons en photo, faisons circuler les images. Ici, elle ouate l'avenue. Derrière les fenêtres, sirènes, vrombissements, crissements, freins : la circulation incessante, bus dans les deux sens, ambulances, police, camions, camionnettes, pompiers, voitures, scooters, motos, musiques, cris, s'arrête pour la seconde fois en quinze ans. On n'entend rien parce que la neige tient. 

Jeudi J'apprends qu'à cause de la neige, la Vallée aux Loups a fermé le parc et la maison de Chateaubriand : la soirée de vendredi consacrée à Joachim Séné, à son travail, à son regard sur l'écriture et le numérique, est annulée. Espérons qu'elle sera reprogrammée, il a beaucoup à dire. 

Le soir, c'est donc bal du silence à Beaubourg et j'ai la surprise de voir que non seulement cela se passe dans le terrain de jeu (dans Décor Daguerre, sont nommés "le terrain de je/u" à la fois le quartier des Halles et le musée d'art contemporain du centre Pompidou. Leur évocation constitue un "feuilleton" qui apparaît sous forme d'encadrés. Ici, c'est de la seconde acception qu'il s'agit : on nous convie à l'intérieur du musée), mais qu'en plus, nous allons écrire sous le tableau de Richter qui m'a inspiré un passage du texte.

Dès le début, tout est jeu : au rez-de-chaussée, on nous met en ligne, nous distribue une feuille sur laquelle il est précisé qu'à partir de maintenant, nous ne pouvons plus parler. Nous piochons ensuite un chiffre ou un nombre. Il nous indique à la fois la place que nous occuperons pendant une demi-heure et la personne avec laquelle nous échangerons sans jamais entendre sa voix.
Je pioche le 12. Nous montons maintenant, en rang, jusqu'au quatrième étage. C'est festif, drôle, chaleureux : nous formons un tout, un ensemble qui se déplace légèrement, étrangement, uni par l'absence de parole. On ne parle pas mais on sourit. Les visages s'ouvrent. Cela me rappelle une performance effectuée avec les danseurs de Pièces détachées à Besançon durant laquelle nous devions, séparés de quelques mètres, des écouteurs dans les oreilles, effectuer les mêmes gestes en même temps, guidés par les ordres de Caroline Grosjean enregistrés sur baladeur. Un grand moment.

Face à moi, une belle femme s'installe. Tout de suite, elle prend une feuille et un crayon et écrit quelque chose comme : 12. Qu'est-ce que c'est ? Nous voilà lancées. Au bout d'une demi-heure, je ne sais ni son prénom, ni où elle vit, ni ce qu'elle fait dans la vie et pourtant nous sommes passées du jeu au je. Quand une musique annonce la fin du silence, nous sommes surprises par l'intense brouhaha qui survient dans la salle. Nous, nous avons envie de parler, mais pas si fort. Nous étions dans l'intime, c'est fini.

Circuler entre paroles, bruits et silences, toujours.

 

Semaine #7 – fermé, ouvert

Où l'on assiste, pour finir, à l'inauguration de la résidence. 

Lundi Hier, terminé Claustria qui, s'il m'avait d'abord attirée (eh oui, c'est le terme) pour ce qu'il racontait de l'enfermement, s'est révélé à mes yeux un grand roman sur le bruit. Ce matin, lecture de l'article que Christine Marcandier consacre au livre de Régis Jauffret dans Diacritik : elle parle de tout (l'entrelacs complexe fait divers / roman, le procès spectacle, la négation de l'horreur par un pays entier, l'impossible écriture du temps vécu dans la cave dont l'auteur veut pourtant devenir conteur, lieu dont il faut épuiser chaque perception pour y parvenir, me dis-je de mon côté) sauf de cette attention aux sons. Voilà qui m'arrange, d'une certaine façon, le terrain restant à défricher...
Bruits me travaille, mais il faut terminer le Marilyn : semaine sept de cette évidence. 

Seulement, de mauvaises nouvelles s'invitent : deux projets sûrs de se faire ne se feront pas, faute d'argent comme d'habitude. J'avais anticipé, aussi ne suis-je pas abattue, mais c'est fatigant et mes partenaires sont dégoûtés. On vous sollicite, on vient vous chercher et pfuuit, rien ne se passe.
Heureusement, j'ai Magali Albespy au téléphone, qui viendra danser à Chartres dans quinze jours. Elle accepte d'improviser dans la librairie à partir d'un texte que je lirai et qui lui sera inconnu : je pense à des extraits du Marilyn et cela me remonte le moral. On fera du son, aussi. Ce sera bien !
(Il faudrait que j'écoute mes derniers enregistrements, tiens) 

Mardi Je suis sagement, le matin, un cours sur la comptabilité des associations (L'aiR Nu en est une). Je pensais m'ennuyer atrocement mais non : ce qui importe, c'est d'avoir le plus possible la main sur ce qui se passe, de pouvoir prévoir, ajuster, prévoir à nouveau. En comptabilité, l'activité (ce qu'on veut faire et donc dépenser, gagner pour le réaliser) et la trésorerie (ce qu'on a en banque, l'argent qu'on nous doit, les dettes éventuelles) sont deux choses distinctes, j'aurai au moins retenu ça.
Pour cela (avoir la maîtrise, du moins en partie), il faut chiffrer ce qu'on projette, pas de secret. Ne pas croire que ça m'est naturel : c'est d'un travail sur soi qu'il s'agit. Mais depuis que je suis en accompagnement au 100, je ne vois plus exactement les choses de la même façon. Ainsi, la mauvaise nouvelle d'hier, qui aurait dû me laisser par terre (non seulement une somme non négligeable s'envole, mais également la perspective d'aller écrire en mer, de travailler avec des amis), est contrebalancée par la réussite du dossier pour Chartres, monté à la même période. Ne jamais, au grand jamais, mettre ses œufs dans le même panier, comme on dit.

Je me rends compte qu'écrire le semainier permet de suivre ce qui, d'habitude, demeure invisible : on voit, au fil des jours, ce qui fonctionne, ne fonctionne pas. Je viens d'avoir trois mauvaises nouvelles en deux jours, soit, en moyenne si on prend le début de l'année, une tous les quinze jours. On verra si ça se confirme, mais le calcul montre à quel point il faut sans cesse encaisser, remonter la pente, repartir sans se laisser perturber. Je croyais, en entamant ce feuilleton hebdomadaire, évoquer surtout ce qui donne de l'énergie puisque j'ai le bonheur d'une résidence qui, a priori, va bien se passer, d'ateliers d'écriture réguliers et de deux manuscrits qui avancent. Mais non : on aura droit à tout l'ensemble. 

Mercredi : Dans le RER, je lis un texte de Jean-Luc Parant prêté par Olivier Lhostis, qui me frappe : ce sera l'un des deux que l'on entendra vendredi dans la rubrique 36 secondes (l'autre livre ayant été offert par Arnaud de la Cotte quand j'étais en résidence à Grand-Lieu : merci à tous ceux qui nous font découvrir des lieux, des gens, des textes...). 

Jeudi et vendredi, Chartres. Jeudi, pluie continue, vendredi, grand beau.
Le jeudi soir, c'est l'inauguration, qui se déroule dans la salle où sont exposées les photos de Bernard Plossu. Explications sur mon travail, sur Bruits et la résidence à venir, lecture d'un passage de Décor Daguerre puis de la première partie de A même la peau avec les sons de Jean-Marc Montera lancés par Olivier L'Hostis. Pas tant de monde à avoir bravé la pluie, mais ceux qui sont venus me semblent très attentifs. Plusieurs ferment les yeux pour écouter le texte.
Comme souvent, ensuite, mauvaise nuit - mais le matin, à 8h04, j'entends de mon lit les cloches de la cathédrale.
Chercher la douceur, avions-nous dit. J'ai l'idée en tête sans arrêt. La dureté résonne d'autant.
Marcher dans les rues pavées le matin, valise en main quand ça cahote, boutiques fermées. Le boucher s'appelle Pinson, le magasin de lingerie me vaut les commentaires d'une dame qui trouve les dessous jolis, mais plus pour elle (entendez : pour plaire à un homme), ce qu'elle énonce d'une voix forte. Ses paroles résonnent sur la place. Elle a envie de parler, finit par énoncer que bon, la vie est courte, qu'on peut se faire plaisir, à soi, quand même !
Tout en continuant à longer nombre de magasins dédiés à la douceur (lingerie, linge de maison,  décoration, boutique de thés...), je me demande si je croiserai à nouveau cette dame qui parle à tout le monde. 

Grâce à Olivier, je rencontre ensuite deux spécialistes de Chartres à qui l'idée d'écouter la ville semble plaire (nous devrions nous revoir, durant ces six mois, j'en reparlerai), un poète, musicien et éditeur dont je compte bien aller lire les textes, des participants à l'atelier à qui je fais écouter l'enregistrement de ceux de la Vallée aux Loups et que j'enregistre à leur tour.
Vendredi soir, retour par le train avec des lycéens en internat la semaine (c'est du moins ce que je suppose). Pas de tablette pour écrire dans le train, on se demande soudain pour quoi les concepteurs, les commanditaires de ces wagons nous prennent.

Samedi Je lis Le Bruiteur, une pièce de théâtre de Christine Montalbetti dont je partage la fascination pour ce métier. Ma mère me parle de Louis Matabon, bruiteur à Radio France quand j'étais enfant. C'est ainsi que je découvre cette page, où l'on apprend que pour imiter le bruit d'un troupeau de moutons, il faut des coquilles d’escargot vides et du chatterton, par exemple (bruiteur, magicien.... mmm... réflexion en cours).

 

 

Semaine #8 – ranger, déranger, nouer, dénouer

Quelques questions d'organisation, avant la soirée à Chartres avec la danseuse Magali Albespy.
Notes :
La piscine évoquée est celle du dernier film, inachevé, de Marilyn Monroe.
La balade sonore est destinée à une radio web, pour un festival à Monte-Carlo. 

Lundi Retravailler l'enregistrement effectué lors de l'atelier d'écriture à Chartres puis l'envoyer aux participants, écouter l'enregistrement pris dans le train du retour (comment peut-on l'utiliser ?), trier, ranger le dossier de résidence. Voilà, c'est fait. Puis j'essaye de sortir Marilyn de sa piscine. 

Mardi, mercredi Ranger déranger arranger s'arranger, quand le programme change faut-il toujours s'adapter ? Comment préparer ce qui vient ? Faut-il se préparer, toujours, à ce qui arrive, risque de ne pas arriver ?
Je prépare une balade sonore dans l'avenue Mozart, à Paris, qui ne donnera peut-être rien (mais j'ai promis). Je prépare la performance de jeudi avec Magali Albespy à la librairie L'Esperluète en choisissant des extraits de Volte-face, le livre sur Marilyn (je me prépare aussi à lire ce que personne n'a jamais lu ni entendu). Je prépare un atelier au parc des Buttes-Chaumont en apprenant qu'il va faire grand froid, que tout cela sera peut-être vain. Je prépare les 36 secondes en avance pendant les repérages. J'enverrai samedi un passage de Volte-face à la revue Terres d'encre de Clermont-Ferrand (j'ai promis, autre chose mais c'est ce qui est venu).
Et ma vie à venir, je m'y prépare aussi ? Oui, non, comment ? 

Jeudi J'emporte dans mon sac des accessoires pour Magali : un petit sac à main années 1950 dans lequel je retrouve mon billet d'avion pour Mexico, un boa noir, un chapeau noir. Magali, de son côté, a pris de quoi faire du son, permettre des rencontres. Nous travaillons d'arrache-pied l'après-midi dans une salle isolée. A peine une demi-heure de pause et voilà qu'a lieu, dans la galerie photo, notre performance. Fauteuil, tabouret, station debout. Lire, se taire, écouter, regarder Magali sortir une fausse bouche rouge, enfiler lentement une paire de chaussures à talons, se parer pour finir d'une guirlande électrique dans la semi-pénombre. Nous passons d'une usine d'armement au studio photo de Milton Greene, de 1944 à 1956, le temps d'une lecture. La première partie de la performance est écrite, la seconde plus improvisée. Je dois lancer une insulte (ce qui n'est pas allé sans questionnement de ma part), le fais au bon moment me dira ensuite Magali, à l'instant précis où elle peut l'entendre.
C'est une de mes récompenses, tout comme le remerciement pour la créativité et l'énergie reçu à la fin de la part d'une spectatrice. Nous avons travaillé vite et intensément, peut-être parce que nous nous connaissons, peut-être aussi parce que nous "pratiquons" (verbe que Magali aime bien) depuis longtemps. On ne se rend pas toujours compte, je crois, de ce qu'on fait fructifier chaque jour dans nos petits laboratoires.
(jeudi ou dimanche de la semaine prochaine, je retournerai pratiquer avec elle, joie)

Vendredi Le matin, nous voilà à la radio avec Olivier L'Hostis. C'est vraiment un plaisir, ces émissions me manqueront quand la résidence sera finie (le premier épisode est ici). Quand nous reprenons le train, avec Magali, nous sommes à a fois contentes et épuisées. Le paysage défile en panoramique. On le regarde sans le regarder. 

Samedi En attendant d'animer les trois heures d'atelier aux Buttes Chaumont et à la bibliothèque Villon, j'envoie les extraits de VF à la revue Terres d'encre, qui les accepte. La semaine prochaine, rien ne me lie à l'extérieur, pour une fois. J'ai prévu de terminer mon livre, de ne pas répondre aux mails, de ne plus exister pour personne. Enfermée à mon tour dans la boîte noire du photographe.

Dimanche matin Ciclic a mis en ligne des éléments sur le projet Bruits. Il est temps de conclure, et de commencer.