Publié le 19/03/2020

Une quête

L’objet de la quête on pourrait l’ignorer.

Mettons qu’on l’ignore. Mettons que la boursette on ne sache pas ce que c’est. Cela pourrait être n’importe quoi, la boursette, n’importe quoi  d’important, d’utile, de superfétatoire. Mettons que ce ne soit qu’un nom pour cacher l’objet. Ou pour cacher nos doutes sur l’existence même d’un objet à la quête.

Il n’y aurait pas d’objet.  Il n’y aurait pas non plus de chemin. Juste une abstraction forcée par l’hiver, un champ à parcourir, en tous sens. Un champ que borderait seulement une rangée d’arbres nus, alignés comme chandeliers éteints sur un chemin de table où la fête est finie, ou encore à venir, on ne sait pas.

Il n’y aurait pas de visage. Seulement des dos adultes courbés, des cheveux pleurant vers le sol, des mains noueuses et précises sortant de manteaux gourds pour attraper, quoi, on ne sait pas, puisqu’il n’y aurait pas d’objet.

Il y aurait un champ à parcourir, méthodiquement, désespérément. On vivrait comme ça, à concevoir la quête comme un travail. Quand on trouverait, et on trouverait souvent, ce ne serait pas la grande joie des chercheurs des trésors, ce serait les gestes outillés pour attraper quoi, on ne sait pas, mais en grande quantité, en grande quantité qui ne pèserait pas bien lourd.

(A l’image, gros plan sur le fond du panier, pour montrer où en est la récolte, mais on ne voit que du sombre, et toute preuve se dérobe.)

Il y aurait plusieurs manières de parcourir. En suivant des sillons, des plans de ratissage, ou bien en s’en remettant au hasard. Les plus jeunes ignoreraient tout, et vaqueraient ainsi, au hasard, avec rien pour les arrimer, pas même la peur de se perdre. Ils marcheraient dans ce champ de la quête sans rien en connaître, sans presse, arrêtés parfois par quelque ornière gelée. Ils marcheraient comme ça, dans l’ignorance de toute autre chose que ce champ à parcourir, à concevoir l’errance comme la seule vie possible.
On les regarderait s’éloigner, bifurquer sans raison. On les regarderait revenir, s’approcher, et pour nous, s’inventer à mesure ce que nous avions oublié, à trop s’absorber dans le sombre de nos recherches.

(A l’image, travelling sur un regard d’enfant)

 

Cécile Portier