Rencontre avec Jean-Christophe Bailly

Vendredi 20 mars, 20h à Tours (37)

La librairie Le Livre reçoit l'auteur Jean-Christophe Bailly à l’occasion de la parution aux éditions du Seuil/Fiction & Cie de L’imagement et aux éditions Nous de Naissance de la phrase.

« Les treize chapitres de ce livre correspondent à des interventions (conférences, articles, préfaces) ayant eu lieu entre 2002 et 2018. Un grand nombre de ces textes sont inédits et ceux qui ne le sont pas ont été publiés dans des catalogues ou des revues aujourd’hui difficiles d’accès. Leur réunion ne doit rien au hasard et, tout en conservant la trace de leur aire d’inscription, c’est bien en tant que chapitres d’un livre conçu comme tel qu’ils se retrouvent associés, et dans un ordre qui n’est pas celui, chronologique, de leur écriture. Pour caractériser cette forme de recueil que je pratique couramment j’ai parlé de tuilage, et c’est bien de cela qu’il s’agit ici. À la différence des « tuiles détachées » que j’ai utilisées pour intituler un livre autobiographique décousu et qui provenaient, elles, du jeu de mahjong, les tuiles de ces recueils sont liées entre elles et cherchent à former une sorte de toit sous lequel une idée pourrait s’abriter. Dans le cas présent, l’idée a trait aux images et est indiquée par le titre : L’Imagement, un néologisme que je ne pense pas être le seul à employer. Ce qu’il cherche à nommer, ce sont les processus par lesquels on passe d’un monde que l’on peut considérer dans sa globalité comme imageable à ces faits d’imagement, désirés comme tels, qu’on appelle des images. Mais ce terme, on peut le comprendre également comme une traduction littéralisante de la Bildung des Allemands, qui désigne couramment la formation, telle qu’on la retrouve par exemple dans le Bildungsroman mais qui dérive directement de Bild, l’image. »  Jean-Christophe Bailly in L’imagement.

« Déposer, déposer plus loin, ailleurs et sans rien dire, sans rien ajouter, tel serait le retrait de l’image et ce par quoi elle devient insistante. Déposant sous nos yeux ce que nous n’avons pas pu, pas su ou pas voulu voir, l’image coupe les flux et fait seuil devant elle : depuis ce seuil qui est le sien elle nous fixe, c’est elle qui aménage le cône qui va jusqu’à notre œil et d’où nous la voyons, et c’est dans ce cône que ce fait le travail. «Il ne se crée point de visible sans distance » disait Poussin, et la distance n’est ici que l’autre nom du seuil. Le visible, comme le distinct, est partout, mais la part qui revient à l’image, c’est de détacher le visible de lui-même pour le rendre distinct, pour le faire sonner, ou résonner, en tant que visible : « Du visible a été vu, et maintenant regardez-le », voilà ce que nous dit l’image dans son silence et selon sa découpe. »