Publié le 03/01/2017

Récit(s) des mille lectures d'hiver #8 - Je voulais vous dire

Suite de l'épopée millelecturesque ponctuée des [paroles originales des lecteurs].

Je rentre. Clés dans le vide-poche. Porte qui se ferme, on m’attend ou pas. Défaire le bagage. 

– C’était la dernière ?
– Oui, la dernière.
– Un hiver qui se finit alors ?
– Oui, l’hiver se finit. 

Face au mur et ses rangées de dos reliés, patchwork de mots et de noms et de textures. Je vais lui trouver une place. [Le moment un peu triste où l’on remet le livre lu, l’élu, dans la bibliothèque. Au milieu des autres qu’on a moins lus forcément. L’ouvrage est là, avec sa couverture un peu fatiguée, un peu défraîchie (normal, il a baroudé, le vieux complice) et c’est un abandon.(...) Notre intimité va s’interrompre là et souvent pour un long moment. Il y a quelque chose de déchirant comme la fin d’une histoire d’amour dans ce rangement anodin.]

 

« Aubigny sur Nère, le 5 janvier

 [La lectrice était magistrale, elle est parvenue à entraîner les auditeurs au cœur du livre proposé, ce fut un voyage enchanteur.] »


« La Croix en Touraine, le 2 février
[Cette culture toute proche nous apporte du bonheur.]


Je retrouve un autre rythme, d’autres projets. Il va falloir aussi que j’ose ouvrir d’autres ouvrages sans qu’aussitôt, je les habite de ma voix, je tente de les faire résonner. Au petit déjeuner, je plonge la cuillère dans ce pot d’une confiture maison qui me rappelle un moment, une chaleur, des voix. Souvenir d’un échange sur un parking. Je laisse sécher un bouquet de fleurs glissé timidement au moment de l’au revoir.

« Je n’avais pas envie que le moment finisse, [la rencontre est fugace. C’est drôle, je le sais pourtant, à chaque fois, c’est pareil, on a le temps de s’attacher, de se raconter, se rencontrer puis on sait qu’il est plus probable que l’on se recroise jamais plutôt que l’inverse. »

 Nos sourires en miroir, et le caractère précieux, sensible, de nos regards quand nous nous avouons que ce moment a été important.

 « Arthon, le 18 février

[Une découverte touchante et poignante. Par sa lecture et sa sensibilité, la lectrice a su et permis de tisser ce lien du partage et de l’écoute entre les personnes présentes ; permettant ainsi à la parole de se libérer et à la solidarité et au vivre ensemble de s’exprimer. (...) Ce livre a été ressenti comme une ode à la vie, la vraie. Un Grand merci à vous et à elle.] »


Tu te souviens ? Vous vous rappelez ? Parfois on a parlé de tout et de rien. Parfois le silence a duré comme un précipice vertigineux à franchir d’un bond. On a retenu notre souffle puis tendu les mains, le livre en passerelle. [Je suis toujours émue de voir comment entre inconnus, on peut parler vrai.]

Un verre à la main, une serviette pour se tamponner les lèvres. Dans la convivialité d’un buffet, on oublie le sacré. Il n’empêche que ce qui se dit importe et élève.

[– C’est bien de pouvoir dire ce qu’on pense.
– Vous voulez dire, de pouvoir dire ce que vous n’avez pas aimé ?
– Oui, c’est agréable, sans langue de bois.]


 « Chartres, le 28 mars

 [Une entière liberté d’écouter les mots, les phrases qui se faisaient un chemin ou pas chez les uns et les autres. Et ensuite à nouveau, une très grande liberté pour en parler ou parler d’autres livres.] »

 « Bourges, le 31 mars

 [La lectrice, une fois de plus, a su captiver l’attention de son auditoire par l’énergie qu’elle transmet – tant dans sa voix que de tout son corps – pour nous faire vivre ces histoires qui nous sont été lues et qui nous donnent l’envie d’aller plus loin dans la découverte du récit de l’auteur.] »


Il arrive encore qu’au détour d’une image, au coin d’une discussion, une résurgence de ces heures de jour et de soir s’impose à moi. Ou bien je me réveille et, errant dans le sombre de mon intérieur, je me souviens avoir [vu des images d’une femme quelque part en Asie qui dessine des calligraphies avec de l’eau à même le sol, juste ses pieds et des signes qui s’évaporent.] Telles mes réminiscences, empreintes mouillées sur un sol de bois chauffé par la rencontre.

[« Vous savez, je n’en ai jamais parlé à personne, pourquoi est-ce que je vous raconte ça ? » et je pense que c’est sûrement parce que nous ne nous reverrons jamais. C’est un moment d’intimité qui n’existe que parce que je ne suis en quelque sorte personne, je suis la lectrice. Et moi, je picore et me remplis d’histoires.]

« L’amitié, celle d’un soir, fortuite, improbable. Sans histoire, sans passé. Celle qui n’a pas le temps de s’interroger sur le bien-fondé, celle qui n’a aucun compte à rendre. Volatile, déjà dissoute. »
Tonino Benacquista

Pourtant toujours en moi, en vous.

Mille mercis d’hiver.

Cette parution (et les précédentes) s’inspire(nt) directement des carnets de route des lecteurs-comédiens des Mille lectures d’hiver. Leurs contributions figurent en italiques. Pour la richesse de leurs récits, remerciements à G. Agnez, C. Alazard, N. Bauchet, C. Bayle, E. Beauvais, B. Bianchin, M. Blondeau, A. Bonnet, C. Bourgois, C. Cauchi, P. Chatiron, J.-C. Cochard, C. Combes, J.-P. Davernon, B. de Saint-Riquier, A.-L. de Segogne, C. de Vial, T. Debuyser, L. Desprein, I. Destombes, M. Duchemin, F. Dufour, F. Forêt, M. Fouassier, B. Giros, S. Godefroy, C. Gosselin, R. Graille, S. Haxaire, G. Hervier, C. Hurbault, N. Kiniecik, M. Kott, C. Larrigaldie, L. Lemaire, S. Leveillard, B. Marchand, M. Maret, A. Marneur, D. Marty, F. Mas, T. Piffault, A.-E. Prin, G. F. Schwitthal, A. Sterne, J.-P. Thiercelin, F. Tixier, E. Trégnier, E. Truchard, G. Vanoudenhoven, C. Vuillez, ainsi qu’à tous les accueillants et leurs invités.