Publié le 09/03/2016

Récit(s) des mille lectures d'hiver #4 - Sur la photo

Suite de l'épopée millelecturesque ponctuée des [paroles originales des lecteurs].

C’est une comédie musicale.

II

(Couleurs) [Le ciel est vert, le ciel est jaune, le ciel est bleu.] (Volumes et contours, décor extérieur jour) [La cime des collines, les clochers des églises et les bois des vallées oscillent entre incertitude et contemplation.] Le regard se resserre lentement (Fond sonore) [Dans le calme qui règne, celui des chants des mésanges et des bergeronnettes, celui du bruissement du colza,]

(Entrée en scène de l’accueillante) [Mme ...... est un passereau.] Le lecteur s’installe, cherche son confort, parcourt paisiblement son public des yeux. [Mme ...... volette de convive en convive, dépose de petites rations de sourire et de compliment au creux de la moindre impatience.]

Le temps de la lecture, ramassé, recueilli puis

(Mélodie) [Elle saura encourager discrètement à zinzinuler les louanges du livre et de son interprète, petits couplets harmonieux et doux qu’accompagne la perfection de la porcelaine et du thé au jasmin.] Réminiscence d’un goût et d’une tendresse dans l’accompagnement. Presque une danse.

C’est un tête-à-tête pudique.

II

(Décor) Une librairie dans un garage ? Ça n’est pas commun. Du monde, peut-être trop ? Jamais assez ! [Je suis obligée de refuser du monde, m’explique-t-elle.] Deux étudiants empreints de joie et d’étonnement. « S’intéresser, on n’aurait jamais cru ?! » [L’écoute est au rendez-vous, un silence bien rempli, c’est porteur.] La voix navigue sur la pointe des pieds d’un auditeur à l’autre. Entrechats, virevoltes. [Une autre jeune femme a attiré mon attention par sa timide présence et sa retenue.] (Nota bene : un silence dans le silence)

Plan resserré sur l’ovale d’un visage [tout en fragilité, en sensibilité.]

              Je suis [Couturière]. Je suis venue écouter par [simple curiosité]. Je ne connais personne ici. [J’aime les livres, j’aime, le soir, lire des histoires à mon fils. J’ai beaucoup apprécié ce texte] (phrase qui s’accélère, s’échappe déjà) [Je le découvre, je suis ravie d’être là.] (Hochements de tête affirmatifs au cas où je douterais) [Mais je dois y aller...] Elle nous quitte déjà entre deux mots, entre la librairie et la rue, son fils, son travail du lendemain ou sa timidité qui l’appelle.

►                              

C’est le prétexte d’une photo souvenir, mise en abyme d’un souvenir.

II

(Résumé des épisodes précédents) [ Au téléphone, A... m’avait raconté une histoire de famille, elle me parlait d’elle, beaucoup, d’une sorte de grande joie, d’une foule de choses qui la concernait elle et son compagnon.]

(Décor, extérieur jour) [Longère tourangelle autour de laquelle rayonnent des granges, des appentis, des dépendances, un petit poulailler de briques et de pierres de taille, des prés et de grands arbres formant de petits bosquets.] On voit précisément ce qui fait figure et se détache du fond.

Sur la photo, passée-jaunie, bords dentelés, une petite fille (A...) avec sa grand-mère.

►           Le lecteur fait, aux convives, le geste de se rassembler. Il compacte – d’un mouvement-accordéon des mains – le groupe afin que l’objectif le contienne tout à fait. [Pour célébrer le retour d’A... dans les murs de son enfance, elle et F.... avaient invité presque tout le village. Ceux qu’ils connaissaient déjà, des amis, des voisins et ceux qu’ils ne connaissaient pas encore ou peu] De grands éclats de rires, des accolades. La voix du lecteur se blottit avec aisance dans cette manière de réunion de famille. Brouhaha, bras en roues de moulin, verres qui tintent, assiettes rebondies comme des ventres. [Il y en avait de la générosité dans les commentaires, dans les yeux, dans les poignées de mains et dans les bouches au moment du goûter.] Faire bombance d’humanité. Commentaire du lecteur : [Comme sur des roulettes.]

■        L’écran de l’ordinateur est l’interlocuteur-confident. Le monologue est étonnamment silencieux, en impulsions nerveuses des touches du clavier. [Longtemps après je me souviens...]

 

Cette parution (et les suivantes) s’inspire directement des carnets de route des lecteurs-comédiens des Mille lectures d’hiver. Leurs contributions figurent en italiques. Pour la richesse de leurs récits, remerciements à G. Agnez, C. Alazard, N. Bauchet, C. Bayle, E. Beauvais, B. Bianchin, M. Blondeau, A. Bonnet, C. Bourgois, C. Cauchi, P. Chatiron, J.-C. Cochard, C. Combes, J.-P. Davernon, B. de Saint-Riquier, A.-L. de Segogne, C. de Vial, T. Debuyser, L. Desprein, I. Destombes, M. Duchemin, F. Dufour, F. Forêt, M. Fouassier, B. Giros, S. Godefroy, C. Gosselin, R. Graille, S. Haxaire, G. Hervier, C. Hurbault, N. Kiniecik, M. Kott, C. Larrigaldie, L. Lemaire, S. Leveillard, B. Marchand, M. Maret, A. Marneur, D. Marty, F. Mas, T. Piffault, A.-E. Prin, G. F. Schwitthal, A. Sterne, J.-P. Thiercelin, F. Tixier, E. Trégnier, E. Truchard, G. Vanoudenhoven, C. Vuillez, ainsi qu’à tous les accueillants et leurs invités.