Publié le 09/03/2016

Récit(s) des mille lectures d'hiver #3 : Un membre de la famille

Suite de l'épopée millelecturesque ponctuée des [paroles originales des lecteurs].

Il/elle [arrive en pleine campagne, en vue d’un chapiteau, et se gare à côté d’une caravane.] Dans le jardin, des vélos. Devant la maison, il/elle [croise le chat qui apparaît] au même moment. Marie-Noëlle, Pierre ou Jacqueline l’ont invité(e) à déjeuner. Avant. Un éclair de sourire, quelques coups d’œil curieux, puis l’accueil s’éploie sincèrement sur le visage. Le corps s’écarte et ouvre la voie vers le merveilleux inconnu (ou le déjà visité, et qu’il/elle reconnaît – c’était juste l’année passée).

– Entrez/entre, dit-elle avec un gloussement presque gourmand. C’est vrai, c’est l’heure, je ne savais plus trop.

Coquetterie de cuisinière, ça embaume jusque dans l’entrée. Il /elle s’éclaircit la voix comme s’il /si elle allait entamer d’un coup sa lecture, pose son sac puis tend la main. La poignée est chaleureuse, franche, joyeuse, elle fait onduler la voix.

– Bonjour, Jacqueline, ça sent bon chez vous, dit-il/elle, certains mots soulevés d’un coup comme un drap que secoue une bourrasque.

Un peu et il/elle aurait l’impression [d’être à la maison, de retour d’un voyage, ou tout du moins dans un endroit apaisant et rêvé.] [Un beau moment d’harmonie qui fait plaisir à vivre], pensera-t-il/elle, plus tard.

Il/elle [entre dans une famille.] Pas seulement dans une maison, mais dans un cercle, un arbre, une petite société. [Dans la famille du spectacle, avec ce trapèze suspendu à la poutre du salon.] Dans la famille des vélos appuyés contre un muret, les vélos des gens qui ne sont pas là, laissant Jacqueline seule à la maison, à s’activer dans la cuisine.

[Mon mari est parti chercher une amie qui vient de Paris et mon fils est au sport], explique-t-elle en se frottant doucement les mains comme si elle complotait une surprise. Je vous fais visiter ? Je te sers un café ?

[Le chat file entre les jambes.] Quand l’amie parisienne débarque, le mari de Marie-Noëlle se fait aussi discret que le matou. Il/elle l’aperçoit s’exiler à l’étage pendant que [le petit ami brésilien de la fille avoue qu’il ne pratique le français qu’à doses homéopathiques.] Il/elle adresse à l’époux furtif et félin un sourire comme une caresse pour l’apprivoiser.

En attendant, le repas est chaud, le café est noir, les souvenirs – communs ou privés – se murmurent au fil de la discussion. Il/elle remarque [la présence des photos, disséminées dans toute la maison. Un être aimé qui a disparu], qu’on évoque avec pudeur. Ailleurs, c’est en rebonds sur [la collection de vieux téléphones] que ses yeux s’évadent. On n’en finit pas de communiquer et de se dire, que ce soit en mots ou en signes, traces, soupirs et objets.

– Tu te souviens, on avait bien rigolé, disent-ils à l’unisson.

Oui, cela avait été épique, ces deux jours les pieds dans l’eau. [Un dégât provoqué par le chat, il avait fallu écoper. Et le lendemain, c’était le voisin du dessus qui s’y était mis. Il avait mis la main à la pâte.]

Marie-Noëlle met fin à l’échange d’un petite tape des deux mains sur ses genoux. Un amical rappel à l’ordre. Les invités de la lecture ne vont pas tarder.

[Mais ce soir, il ne lira pas, non, il ne lira pas. Il leur fera un cadeau. Il les remerciera d’une lecture. Ils ne sauront rien de ce qu’il leur dira. Ils n’entendront pas les mots qu’il cachera sous ceux de l’auteur, son plus beau masque. La lecture sera enjouée, oh oui, limpide et joyeuse parce qu’il le faut, parce qu’ils ne doivent jamais se rendre compte que c’est leur nom qu’il voudrait porter. Ce soir, pendant deux heures, il sera l’un d’eux : un oncle, un neveu, peut-être un fils. Il est là parmi eux, entouré d’eux, et ils ne le sauront jamais.]

Ensuite, alors qu’ils n’auront même pas deviné, à peine senti de quelle manière il/elle s’est glissé(e) douillettement entre les plis de leur généalogie, il/elle [montera se coucher en haut, avec les enfants. Trois filles dans un grand grenier qui est devenu une grande chambre, avec plusieurs lits. Elle imagine des cousins et des cousines s’amusant le soir de Noël, lieu magique de l’enfance.

Des livres qu’elle lisait, petite. Elle en prend un par plaisir] avant de s’endormir.

[Une famille n’accueille pas, elle s’agrandit.]

 

Cette parution (et les suivantes) s’inspire directement des carnets de route des lecteurs-comédiens des Mille lectures d’hiver. Leurs contributions figurent en italiques. Pour la richesse de leurs récits, remerciements à G. Agnez, C. Alazard, N. Bauchet, C. Bayle, E. Beauvais, B. Bianchin, M. Blondeau, A. Bonnet, C. Bourgois, C. Cauchi, P. Chatiron, J.-C. Cochard, C. Combes, J.-P. Davernon, B. de Saint-Riquier, A.-L. de Segogne, C. de Vial, T. Debuyser, L. Desprein, I. Destombes, M. Duchemin, F. Dufour, F. Forêt, M. Fouassier, B. Giros, S. Godefroy, C. Gosselin, R. Graille, S. Haxaire, G. Hervier, C. Hurbault, N. Kiniecik, M. Kott, C. Larrigaldie, L. Lemaire, S. Leveillard, B. Marchand, M. Maret, A. Marneur, D. Marty, F. Mas, T. Piffault, A.-E. Prin, G. F. Schwitthal, A. Sterne, J.-P. Thiercelin, F. Tixier, E. Trégnier, E. Truchard, G. Vanoudenhoven, C. Vuillez, ainsi qu’à tous les accueillants et leurs invités.