Publié le 25/01/2017

Récit(s) des mille lectures d'hiver #1 - Je sais que tu m'attends

Suite de l'épopée millelecturesque ponctuée des [paroles originales des lecteurs]. 

Je pars. [À Montlouis-sur-Loire, il y a la Loire, eh bien je ne l’ai vue ni en arrivant ni en partant et je l’ai même cherchée. J’ai loupé mon moment sur le bord de la Loire] celui où je pense que je viens, que je suis partie en sachant que tu m’attends. Ce moment d’avant la rencontre avec le texte. C’est avec lui que je voyage, c’est autour de lui que nous allons nous retrouver. Ou lui qui va nous distinguer. Alors oui, [j’ai une trouille de première ! Est-ce que ce que j’apporte va t’intéresser, vous parvenir ?] [J’ai choisi ce livre, cet auteur. J’ai travaillé ma lecture seule chez moi et, maintenant, bientôt, je vais la partager. J’ai peur].

Qu’espères-tu de moi ? Qu’est-ce qui est censé se passer ? Toi, vous, nous allons le construire ensemble, ce moment que je vais habiter. Le texte va s’incarner dans les minutes de silence attentif. Et si on ne se disait rien d’autre que ce qui sera lu ? Mais si précisément, avec mon cœur, avec tes mots, ce serait déjà beaucoup. [C’est toujours l’inconnu, oser te proposer un livre... Le Livre !]

Rien ne va et tout arrive ! [C’est un chevreau qui naît trop tôt, le bois qu’on livre le mauvais jour, c’est l’eau qui ruisselle de l’étage du dessus], un dégât incontrôlable, le mien, celui de mon angoisse  de bien te recevoir. On s’est parlé au téléphone, en se disant des choses un peu fragiles et légères, pour organiser la rencontre. À quelle heure dois-je t’attendre ? Auras-tu besoin de te reposer ? Aurais-tu envie d’arriver un peu plus tôt, pour qu’on puisse... je ne sais pas... se connaître un peu, voir si entre nous ça passe ? Une addition progressive de valeurs mystérieuses : toi + un texte inconnu + un moment inédit + des invités que je ne fréquente pas tous. Je tends des tissus de couleurs dans un coin du salon, chasse le chat du fauteuil que je te réserve, l’approche de la lampe qui jettera sa lumière sur ton texte, dispose autour de ta présence déjà presque vivante d’autres sièges pour bien être près de toi, bien écouter ta voix. Un coup à la porte, j’essuie mes mains sur mon tablier avant de le jeter dans la cuisine. [Chaque année, c’est différent, l’année dernière, c’était un homme et c’était bien aussi, mais ce n’était pas pareil et c’est vraiment toi, ou lui, enfin vous, qui donnez la couleur] de notre énième première fois. Je vais te montrer où te poser après ton voyage. Je te regarderai t’allonger sur le sol pour te détendre. Je t’apporterai un châle si tu as froid. Je veillerai sur toi. Je vais t’ouvrir.

Je ne sais s’il faut te regarder ou pas. Ailleurs ou te fixer. Je ne sais s’il faut fermer les yeux pour mieux t’entendre, les ouvrir grand pour mieux t’écouter. Je serre les genoux, mes mains sur mes cuisses. Studieuse. Je toussote, gênée de ponctuer ainsi ta lecture. [J’ai peur d’être larguée dès les premiers mots, de m’ennuyer. J’ai peur, parce que tu as une voix grave et je me dis que je ne vais rien entendre mais finalement... Finalement c’est bien.] Trois phrases et j’ai envie de m’exclamer : [« Ah je sens que ça va me plaire, oui, ça, ça va me plaire ! »] mais sans savoir pourquoi. [Cette fois-là, je sais que je ne vais pas l’oublier.] Cette première fois. Je me suis trompé d’heure, je suis venu chercher ma femme. Mais c’est toi qui me tombes dessus avec tous ces mots. [Catastrophe ! J’ai adoré, maintenant j’ai envie de lire ce livre !] Après avoir lancé tes phrases en l’air d’un geste désinvolte et délicat, tu les laisses se glisser à leur rythme en nous. Cela prend des secondes de silence avant que j’ose aller vers toi, poser doucement une main sur ton bras, chercher ton regard et t’avouer dans un souffle : [Je ne pourrai plus lire ce soir, j’ai votre livre dans la tête, c’est dense, ça m’a rempli. Ça vous fait rire ?] Le rose aux joues de la confidence.

Cette parution (et les suivantes) s’inspire directement des carnets de route des lecteurs-comédiens des Mille lectures d’hiver. Leurs contributions figurent en italiques. Pour la richesse de leurs récits, remerciements à G. Agnez, C. Alazard, N. Bauchet, C. Bayle, E. Beauvais, B. Bianchin, M. Blondeau, A. Bonnet, C. Bourgois, C. Cauchi, P. Chatiron, J.-C. Cochard, C. Combes, J.-P. Davernon, B. de Saint-Riquier, A.-L. de Segogne, C. de Vial, T. Debuyser, L. Desprein, I. Destombes, M. Duchemin, F. Dufour, F. Forêt, M. Fouassier, B. Giros, S. Godefroy, C. Gosselin, R. Graille, S. Haxaire, G. Hervier, C. Hurbault, N. Kiniecik, M. Kott, C. Larrigaldie, L. Lemaire, S. Leveillard, B. Marchand, M. Maret, A. Marneur, D. Marty, F. Mas, T. Piffault, A.-E. Prin, G. F. Schwitthal, A. Sterne, J.-P. Thiercelin, F. Tixier, E. Trégnier, E. Truchard, G. Vanoudenhoven, C. Vuillez, ainsi qu’à tous les accueillants et leurs invités.