Publié le 19/03/2020

Mondovision

Regardez !
On ne le savait pas encore, mais maintenant ça éclate comme une vérité géométrique : nous ne sommes pas dans le monde.

Regardez,
c’est nouveau,  on ne le savait pas encore, mais maintenant on le sait, on s’en émerveille : nous ne sommes pas dans le monde, mais le monde est à portée de main.

On tend le bras, on tourne le bouton, clic, le monde s’éveille.

Le monde est un œil, un œil rond mais pas du tout étonné, pas du tout effrayé.
C’est juste qu’il ne connaît que cette position d’écarquille, et qu’il ne refuse rien.

Le monde est un bonbon brillant trop gros à avaler. Ne fond jamais. A trop vouloir se faire gober, à trop vouloir sans succès, il se lustre en surface, son arrondi devient lumineux et aveugle. Le monde est un œil souffrant de cette pathologie rare : à la place de la vision centrale, un éblouissement. Les villes brûlent intérieurement d’un feu à la fois flou et ardent, les visages des puissants apparaissent en épiphanie, mais l’auréole n’est plus autour, elle est à même la face, à la place de la face. Regardez Saint John Fitzgerald, regardez le comme il vous voit de sa face sans yeux, devant nous il se transfigure en hostie glorieuse au sang bientôt versé pour nous !

Le monde s’épanche, éructe en petits pointillés ou bien logorrhe par un truchement encravaté qui nous en dira bien des nouvelles. Le monde a sa pupille de toutes
les nations, le monde a son présentateur, son prestidigitateur !

Réjouissons-nous ! Le monde a des oreilles, plantées au cœur même de sa bouche, et qui tournent en tous sens pour capter le moindre bruit du désert de nos vies !

Cécile Portier