"J'ai été Macbeth" de Pierre Senges par François Forêt

Lors de la 12e édition de mille lectures d'hiver, le comédien-lecteur François Forêt donnait à entendre des extraits de Sort l'assassin, entre le spectre de Pierre Senges. Puis, à la fin de l'hiver 2018, germait l'idée de passer de la lecture à voix haute au jeu théâtral... Séduit par cette perspective, Pierre Senges acceptait la proposition du lecteur François Forêt de signer une adaptation de son essai et confiait au comédien Forêt François un magnifique monologue : J'ai été Macbeth.

 "Maintenant que j'hésite entre une identité de pitre et une identité de tyran, je ne suis certain que d'une chose : c'est d'avoir fait l'action." J'ai été MacBeth.

Le prince Hamlet, célèbre pour ses tourments, a posé un beau jour la question la plus célèbre de la littérature : être ou ne pas être ? Elle mérite en effet d’être posée – mais Hamlet n’est pas le seul personnage de Shakespeare à s’interroger à ce sujet : Iago affirme n’être pas celui qu’il est ; le roi Lear se demande qui peut lui dire qui il est ; quant au seigneur de Tout est bien qui finit bien, il voudrait savoir ce que nous sommes vraiment quand nous sommes nous-mêmes. Troublé par ses ambitions, par les prophéties, les spectres et les diatribes de son épouse, Macbeth n’échappe pas à cette étrange maladie de l’identité : les fantômes semblent réels, les cadavres semblent revivre et lui-même n’est pas certain d’avoir vraiment commis son crime. Le jeu des illusions et l’incertitude sur l’existence réelle des choses font de Macbeth un personnage parfait pour le théâtre – quant à sa tragédie, elle est éminemment théâtrale : il y est question d’apparitions, de mise en scène, de représentation, de faux semblants et de forêt factice. François Forêt est comédien ; en choisissant d’interpréter J’ai été Macbeth, il sait devoir jouer le rôle d’un narrateur dans le rôle d’un comédien roi ou d’un roi comédien. Cela suppose d’aimer les emboîtements et de savoir chercher au fond de soi la part comédienne, la part royale, puis les livrer aux spectateurs. Pierre Senges

 

Joué dedans autant que dehors, faire rouler ce texte, s'imaginer facilement des choses à l'écoute, reconnaître le doute en soi, être balladé peut être par ces histoires humaines, voilà ce que je pourrais dire de l'approche de ce J'ai été Macbeth. François Forêt

Jeu : François Forêt, accompagné par Francis Labbaye
Lumière et régie générale : Frédéric Guillaume
Costume et décor : Sophie Laronde
Fabrication fauteuil et tabouret : Paulin Ribot
 


 

MACBETH, brandissant son poignard – Vois-tu, Duncan, je n'arrive pas à me défaire d'un doute. J'ai été Macbeth et je continue de l'être, de cela je suis sûr ; seulement mes souvenirs sont confus et les preuves m'échappent, si bien qu'il m'est impossible de savoir si j'ai été le vrai roi d'Écosse ou plutôt un comédien dans le rôle du roi d'Écosse. Tu pourrais peut-être m'aider à me faire une opinion ? Tu connais l'histoire de ton pays, tu connais la tragédie, et Shakespeare, ça te dit quelque chose. Tu sais que Macbeth est ce garçon pris de panique pour un rien, capable d'assassiner le roi légitime, le bon Duncan, pour prendre sa place et régner quelque temps dans la peau de l'usurpateur. Alors, dis-moi, maintenant que je te tiens au bout de ce poignard, si je suis là pour te divertir comme un clown ou te terroriser comme un tyran. L'incertitude est douloureuse, tu le sais : la vie n'est qu'une ombre qui…

DUNCAN – Décide-toi une fois pour toutes, Macbeth, qu'on en finisse. (Il meurt.)

Sort l'assassin, entre le spectre de Pierre Senges Éditions Verticales