Sylvain Coher, auteur associé au Théâtre Charbon

Le Théâtre Charbon d'Orléans-La Source accueille de mars à décembre 2018, l'écrivain Sylvain Coher pour un projet baptisé "Sur les sentiers de La Source". Durant huit mois, l'auteur poursuit l'écriture de son roman Abebe Bilika, premier athlète d’Afrique Noire médaillé olympique, vainqueur du marathon de Rome en 1960 en courant pieds nus. Légende sportive et politique de tout un continent. . En parallèle à la création de ce livre, il propose aux habitants de La Source, des « sentiers littéraires », promenades poétiques réinventant une cartographie imaginaire du quartier à partir de textes littéraires.  

Reprendre un livre en cours d'écriture

À l’origine de ce projet, la volonté de Sylvain Coher d’écrire un texte de fiction sur la traversée de Rome par Abebe Bikila lors des Jeux Olympiques, le 11 septembre 1960. Garde du corps impérial du Négus, le rêve ultime d'Abebe Bikila était de porter un survêtement au dos duquel serait imprimé « Éthiopie ». Cette course exceptionnelle commença le soir et s’acheva la nuit, au terme des 42 kilomètres 195 mètres réglementaires. Le trajet sur la Via Appia fut éclairé tousles 25 mètres par des torches tenues par des soldats. À un kilomètre de l’arrivée, Abebe Bikila accéléra stratégiquement en passant le très symbolique Obélisque d’Axe, ramené d’Éthiopie par Mussolini et nommé par l’historien Angelo Del Boca « l’obélisque de la discorde ». Lorsqu’il arriva devant l’Arc de Constantin, avec 200 mètres d’avance sur le second marathonien, Abebe Bikila fut le premier Noir africain à être sacré champion olympique. Il avait 28 ans. Il venait de courir les pieds nus devant des journalistes condescendants et rigolards. Les conteurs africains ont raconté depuis la légende de « L’homme capable de courir du lever au coucher du soleil ».

En 2004, Sylvain Coher évoquait déjà Bikila dans son troisième roman Facing (Editions Joca Seria, 2005). Un an plus tard, admis pour une année  comme pensionnaire à la Villa Médicis, il part pour Rome, bien décidé à écrire l’histoire de cette course.

Il rentre de Rome fin 2006 avec un important fond documentaire (films d’époque, archives de presse et de radio, interviews de marathoniens, de médecins et d’entraineurs,  documents olympiques,  biographies diverses des coureurs,  etc.), une trame de roman et quelques dizaines de pages rédigées.

En arrivant à Paris la même année, il parle de ce projet à un éditeur qui l’a informé de la parution imminente d’une biographie romancée d’Emil Zàtopek par Jean Echenoz, portant sur le marathon (Couriréditions de Minuit, 2008). Cette nouvelle lui fait renoncer à son projet. Il archive dans un carton tout ce qu'il avait collecté et écrit sur le sujet.

Depuis douze ans et jusqu’à ces derniers mois, il n’y touche pas. C’est un peu par hasard, au détour d’une discussion tenue lors d’une rencontre publique dans une médiathèque, qu'il reparle de ce vieux projet. Devant l’enthousiasme des personnes présentes, il se dit qu’il était peut-être temps de reprendre ses notes et d'achever enfin – après dix années d’interruption, quatre romans publiés, trois opéras et plusieurs récits poétiques – ce livre auquel il tient tant. Cet Abebe Bikila qui le hante toujours, et dont l’histoire reste fascinante. Il propose quelques pages (sur la trentaine de feuillets rédigés à Rome en 2006) à son éditrice, Marie Desmeures, qui se montre très enthousiaste et l'assure du soutien d’Actes Sud pour un tel projet. 

Sylvain Coher envisage aussi, dans le cadre de sa résidence à la Source, la possibilité d’un travail parallèle à la rédaction du roman, sous une forme plusréduite adaptée à la mise en voix sur scène. Cette adaptation pourrait aboutir à une représentation publique par le théâtre.

 

Tracer des « sentiers littéraires »

Sylvain Coher se souvient du Centre des chèques postaux édifié à La Source en 1968 / un bâtiment de 8 étages et de 42.000 mètres carrés que plus de 1000 agents foulaient chaque jour. En 2015, le bâtiment est désaffecté, les agents replacés et pour certains licenciés. Le quartier de La Source existant aujourd’hui a été bâti autour de cette institution, autour de cette activité. Il est un peu endeuillé aujourd’hui.

Sylvain Coher et le Théâtre Charbon travaillent et imaginent leur association, à partir du projet d'écriture de l'auteur. Les performances de cet athlète aux pieds nus, le Centre des chèques postaux disparus, la topographie, en sont les points de départ.

« Et si La Source était le centre du monde ? », c'est l'un des points de vue à partir duquel ils ont inventé le projet culturel de rencontres avec les habitants. Partir du centre réel pour naviguer dans l’imaginaire. Profiter de cette nouvelle topographie pour créer une nouvelle cartographie qui oscillerait entre le réel et l’imaginaire.

Il s’agira donc de faire se rencontrer l’auteur et les "acteurs", non pas ceux qui se trouvent sur la scène mais ceux qui vivent dans le quartier. Celles et ceux qui ont vécu le « Centre des chèques postaux » qui ont foulé les 42.000 mètres carrés du bâtiment, celles et ceux qui sont venus s’installer, en famille, à La Source, parce qu’ils y travaillaient, mais aussi celles et ceux qui s’y sont installés après, avant, parce qu’ils ont reçu un appartement dans le quartier. A partir d’eux, à partir de ces rencontres, à partir aussi de celles et ceux qui font le quartier aujourd’hui sans avoir vécu cette époque, il s’agit de créer des « sentiers littéraires ». Des promenades poétiques qui auront pour but de déplacer notre regard, de déplacer leur regard, de réinventer une cartographieimaginaire de La Source à partir de textes littéraires et poétiques mais aussi à partir de relevés de rencontres recueillispar Sylvain Coher et réécrits à sa façon, ou pas.

“Comme un retour” à La Source : Sylvain Coher, auteur associé au Théâtre Charbon, portrait et entretien
par Guénaël Boutouillet

“Quand tu vis dans un tourbillon de béton perdu au milieu des champs, hors de la ville et pourtant très, trop près d'elle, ce qui est le cas pour La Source et ses 22.000 habitants comme cela l'était dans ma grande banlieue, la topographie (au sens étymologique) et le "déplacement" prennent une dimension très particulière.”

Courses, voies et intersections : une vieille histoire

Au tout départ, il y a une course. L'histoire d'une course, il y a longtemps. Cette histoire incroyable, qu'on croirait légendaire, et pourtant vraie, de celles qui fascinent et agrippent un romancier comme Sylvain Coher, c'est celle d'Abebe Bikila, lors des Jeux Olympiques de Rome, en 1960...

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