"Situer", une fiction du territoire par Benoît Vincent

L'écrivain et naturaliste Benoît Vincent investit durant six mois le Labo de création de Ciclic pour une exploration et une mise en fiction de six régions naturelles : la Beauce, le Berry, la Brenne, le Perche, le Chinonais et la Touraine. Avec Situer, Benoît Vincent propose une cartographie littéraire, une tentative de traduction esthétique de ces territoires naturels emblématiques, une invitation à parcourir, penser et lire nos paysages d'un regard neuf.

Pour ce faire, Benoît Vincent séjourne dans les régions concernées, afin de découvrir et observer la végétation, l'agriculture ou le paysage, et rencontrer les habitants. Il est accueilli par une structure culturelle partenaire qui l'accompagner dans ses déambulations et lui offre quelques clés d'entrées, contacts ou conseils...  

Pour chaque territoire exploré, Benoît Vincent écrit un texte « sur le vif ». Une lecture - rencontre publique est organisée à la fin de son séjour, autour de ce texte. Cette fiction est ensuite retravaillée par l’auteur pour produire une « fiction critique » révélant, à la manière d’un filtre, les caractères, les clichés, les blessures ou les rêves de la région naturelle. Editée en format « papier », pour une large diffusion, elle est accompagnée de lectures rencontres avec un public élargi, au printemps 2019.Chaque texte sera lisible, téléchargeable et écoutable sur les sites ciclic.fr et livre.ciclic.fr.

SITUER 

« L'idée centrale est de travailler sur la notion de territoire par le biais de la fiction, de l’analyse sensible. 

Comme naturaliste, je suis souvent amené sur le terrain à nommer des réalités écologiques diverses : espèces animales ou végétales, végétations, paysages, régions naturelles... celles-ci s'emboîte comme par magie les unes dans les autres... Comme écrivain, j'interroge de manière critique notre rapport à ces mêmes réalités : la littérature peut faire surgir des ombrages que le scientifique élude ou dédaigne. 

Notion floue, ou plutôt complexe, la notion de territoire pourrait être définie comme la manière dont on habite (travaille, aime, circule) un espace donné. Mon travail représente comme une analyse aussi sensible que critique, une traduction littéraire de cette expérience. 

Les formes qui découlent de cette traduction devraient à chaque fois s’adapter à l’espace considéré : la fiction comme dans Farigoule Bastard (Le Nouvel Attila, 2015), un récit dont la phrase et son rythme épousent la traversée du héros en Haute-Provence ; GE9 (Le Nouvel Attila, 2017) est appelé autogéographie, et se veut un épuisement de l’espace de la ville de Gênes, en Italie ; Bornes, publié sur Remue.net, et Au bord du monde (sur le Haut-Jura) adoptent plutôt la forme du petit traité... 

Le projet "Situer" s’inscrit dans cette démarche qui à présent se structure. Elle repose sur quelques principes simples, à savoir :

La forme littéraire ne saurait être imposée a priori, mais il me semble intéressant ici de travailler sur la fiction, fiction du territoire et fiction sur le territoire (la région Centre-Val de Loire, en effet, peut apparaître grossièrement une région à caractère identitaire faible...)

Comme cela est devenu une habitude, je m’appuierai plus particulièrement sur un nombre fini de petites régions naturelles, échelon subjectif qui associe de manière cohérente la végétation, l’agriculture, le paysage (même si les limites sont, comme toutes limites, parfois floues). Ce seront donc : la Beauce ; le Berry ; la Brenne ; le Perche ; le Chinonais ; la Touraine. 

Les six secteurs seront donc explorés et questionnés au cours de deux à quelques journées d’étude, d’échange et de création ; à chaque fois, une journée sera plus précisément dédiée à l’approche libre du territoire (circulation, dérive, lecture), et une autre journée sera consacrée à la rencontre d’un acteur et/ou des ressources locaux, mais aussi à l’élaboration d’un texte en temps limité, qui sera alors présenté publiquement. Cette restitution publique pourra être l’occasion de rencontres publiques / débats avec un petit groupe d’habitants.

La fiction, écrite durant ce temps limité, dans la mesure du possible, puis retravaillé dans la foulée de la rencontre, se présentera comme un cahier des charges critique censé révéler, à la manière d’un filtre, les caractères, les clichés, les blessures ou les rêves de la région naturelle. »