Cent jours autour du monde
Christian Garcin #5
Espaces rétrécis, temps contigus

Extrait d'une chronique d'un tour du monde sans avion, en cargo, en train, en voiture, d'est en ouest et dans l'hémisphère nord, effectué en ce printemps 2018, par Christian Garcin et Tanguy Viel. 
L'intégralité de ces textes paraîtra aux éditions Lattès au printemps 2019.

Espaces rétrécis, temps contigus
[extrait]

C’est Tanguy qui, le premier, en a fait la remarque : la lenteur relative de ce voyage ‒ sa particularité même, le fait de ne jamais quitter le sol ‒, loin d’élargir l’espace, rapproche paradoxalement les lieux. En somme, il suffit d’être patient. 

Nous étions en train de rouler depuis la petite ville d’Ogallala, Nebraska, notre étape sur la (longue) route entre Chicago et Boulder, Colorado, où nous attendaient Warren, sa femme Marie et leurs deux chiens. Un jour nous avions quitté la maison, fermé la porte, nous étions mis en marche, avions grimpé sur un navire, et quelque temps après étaient arrivés New York, puis Chicago, l’Illinois, l’Iowa, le Nebraska, le Colorado, bientôt ce seraient l’Utah, l’Arizona et la Californie, la côte mexicaine et l’océan à nouveau. Nous pouvions en témoigner : le monde est unifié, il y a une continuité, rien n’est inaccessible. Tout est à portée de main, ou de pieds. Lors d’un voyage en avion, le monde est morcelé. À peine le temps de se retourner, de prendre un repas, de voir un film ou deux, qu’on se retrouve brutalement plongés dans la moiteur de Hong-Kong ou de Calcutta, la chaleur sèche de Los Angeles ou de Kinshasa, assaillis d’odeurs et de langues inconnues, tout déboussolés d’avoir si vite changé de monde. 

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