François Bon auteur associé au pOlau - pôle des arts urbains

Le pOlau-pôle des arts urbains accueille de janvier à juillet 2015 François Bon, écrivain, pour son projet de littérature géographique "Le tour de Tours en 80 ronds-points".

Le projet ronds-points :
transformer l’espace vide des ronds-points en chambre photographique et littéraire pour voir ce que la ville cache 


"L’idée : sur une période longue, octobre 2014 - septembre 2015, pour avoir le cycle des saisons, voire s'établir les transformations, revenir sur les ronds-points les plus emblématiques à différentes heures, y dormir aussi, serait d'investir plusieurs dizaines des ronds-points structurants l’espace urbain de l’agglomération de Tours.

Les considérer d’abord comme chambre d’enregistrement photographique. Une fois sur le rond-point lui-même, faire l’inventaire systématique de ce qu’il voit de la ville, comme une chambre noire en plein jour. La totalité des fonctions urbaines autrefois confinées dans l’enceinte de la ville, ses fonctions industrielles, commerciales, hospitalières, strates temporelles de modes d’habitat, jusqu’à évacuation des déchets et cimetières, y compris aussi les nouveaux octrois que sont les ronds-points en tant que suite dénombrable de points d’accès à la ville pourtant ouverte, devient à nouveau un ensemble descriptible.

Les considérer comme lieux d’accumulation textuelle : sur place, noter, inventorier, décrire. Ce qui passe, ce qui y a été abandonné, traces mémorielles aussi (à Joué-les-Tours, il y a 2 ans, un bus fauchant un groupe d’enfants), journal même des quelques heures passées sur ce lieu précis. Et dans le même temps, ce qui émerge de fiction potentielle, ou idées de fictions.

Les considérer comme éléments de durée : hors le premier travail de photo sur pied, une vidéo fixe et de durée fixe, sans autre intervention, sur l’image paysagère la plus symbolique proposée par chaque rondpoint.

Enfin, marquer le passage : que chaque visite de rond-point soit l’occasion d’une performance littéraire, enregistrée sous forme de brève vidéo et aussitôt diffusée comme un journal de l'expérience.

Un autre protocole plus symbolique : à chaque visitede rond-point, y déposer (enterré, caché, exposé) un livre de ma bibliothèque. Quant la ville n'entend plus la littérature, la transformer malgré elle en bibliothèque clandestine. Suivre le devenir ou l'échange de ces livres.

Identifier les ronds-points : chacun sera taggé et nommé par ses coordonnées GPS, ouvrant à la possibilité de consultation et archivage par carte.Et parallèle : déplacer la notion de diffusion ou publication. Dans chaque

À mesure que certains ronds-points sont perçus comme plus symboliques, plus complexes, plus décisifs dans l’organisation urbaine, y revenir. Définir d’autres heures du jour, d’autres relations aux heures
(nuits, aubes, dimanches, pics de circulation), et les considérer comme autant de personnages. L’idée que certains de ces ronds-points (de façon d’ailleurs complètement indépendante de leur importance géographique) soient des explorations récurrentes tout au long du parcours.

Je n’ai jamais cessé de travailler sur ces éléments : souvenir, lors de ma résidence de 2007 à l’université de Tours, avec les doctorants en urbanismes de la MSH (initiative de Michel Lussault), investir collectivement pour écrire la galerie de « La Riche-Soleil ». Mais j’étais toujours dans une perspective géo-centrée : avec les ronds-points, c’est s’installer sur la carte, et figurer la ville par ses noeuds cinétiques. D’autre part, toute l’agglo est à 10 minutes de voiture de mon domicile. Je la connais bien. C’est juste que je n’en ai jamais fait un objet de travail en tant que territoire.

Il s’agira d’un projet transmedia – je suis habitué aux conjonctions publication web / publication livre (en octobre, chez Verdier, Paysage Fer en poche et sur le site film, photos, carnets). Des travaux comme ceux de Bruce Bégout sur les motels US ou le London orbital déjà cité, ou le travail de Jean-Christophe Bailly cité aussi, me sont trop proches pour ne pas envisager dès l’amont une publication Seuil de ce qui en résultera textuellement. Mais d’emblée concevoir le lien organique vidéo / photo / action / texte comme objet web encapsulable. Avec une spécificité pour la performance littéraire, dont je voudrais que le hurlement signifie agressivement la condition faite à la littérature : lire de la poésie sur les ronds-points face cimetière à la pleine lune, et alors ?" [François Bon]