Emmanuel Ruben en résidence au Domaine national de Chambord

Le Domaine national de Chambord accueille du 10 février au 7 avril 2016, l'écrivain Emmanuel Ruben, qui viendra poursuivre l'écriture de son roman en cours. Lors de sa résidence, il poursuivra l’écriture d’un projet romanesque commencé il y a quelques années, dont le personnage principal est un roi imaginaire. Ce roman s’intitulera Le Roi des Lives et sera publié chez l’éditeur Payot & Rivages.

Durant ces deux mois au château de Chambord, Emmanuel Ruben poursuivra parallèlement deux projets :

→ La publication d'un catalogue d'exposition des œuvres de Per Kirbeby
à l’occasion d’une exposition d’œuvres de l’artiste danois Per Kirkeby, dont Emmanuel Ruben a salué le travail dans son livre Icecolor publié en 2014 aux éditions Le Réalgar, sur une invitation de yannick Mercoyrol il participera à la publication d’un catalogue collectif. "Je pense qu’il est important de faire découvrir au public français cet artiste majeur, reconnu en Allemagne en Grande-Bretagne et en Scandinavie comme l’un des plus grands artistes contemporains vivants."

→ L'écriture d'un projet romanesque
"Je profiterai de l’environnement exceptionnel du domaine de Chambord pour poursuivre l’écriture d’un projet romanesque. Je suis certain que je saurai puiser dans la proximité des anciens rois de France, de leurs fous, de leurs chevaux et de leurs parcours de chasse les sources d’inspiration ainsi que l’énergie nécessaire pour finir un roman que j’ai commencé il y a quelques années, dont le personnage principal est un roi imaginaire. Ce roman s’intitulera Le Roi des Lives ; le contrat a déjà été signé avec Payot & Rivages, mon éditeur." (voir synopsis ci-dessous)

Au cours de cette période chambourdine, Emmanuel Ruben rencontrera à plusieurs reprises les habitants du territoire :

  • Conférence à l’Ecole de la Nature et du paysage – INSA de Blois, le 2 mars 2016 à 18h30 (gratuit, dans la mesure des places disponibles)
  • Lecture au château de Chambord, le 27 mars 2016 (rencontre organisée en partenariat avec CICLIC et Camille de Toledo, écrivain, associé à la lecture)
  • Travail (atelier d’écriture) au Lycée Augustin Thierry de Blois (deux classes de  seconde en français) 

>>>SYNOPSIS
Le Roi des Lives

"Le narrateur est un jeune homme qui retourne au pays qui l’a vu grandir au cours des vacances de la Toussaint, après la mort de son grand-père. Le soir de l’enterrement, il constate la disparition, sur les murs de la salle à manger, du sabre sous lequel son grand-père protestant récitait le bénédicité et racontait des histoires. Ignorant si son grand-père a été enterré ou non avec ce sabre, il se met en quête de l’arme disparue. C’est alors qu’il se souvient des anecdotes qui lui étaient contées à propos de ce sabre dans son enfance : l’arme aurait appartenu à un lointain ancêtre de la famille, qui aurait vécu à la charnière des dix-huitième et dix-neuvième siècles, un hobereau dauphinois, d’ascendance huguenote, le baron de Vidouble, surnommé « le roi des Lives » car, selon la légende familiale, ayant émigré pendant la révolution, il aurait été couronné roi d’une île de la Baltique où vivrait ce peuple en voie de disparition.

Guidé dans sa quête et dans son projet d’écriture par une tante autrefois libraire, le narrateur délaisse peu à peu la légende familiale pour s’intéresser aux personnes qu’il a connues pour de bon, qui lui racontaient ces histoires de cape et d’épée : ces personnes, ce sont ses grands-oncles et son grand-père, nés dans l’entre-deux-guerres, décédés au seuil de notre siècle. Des hommes hantés par le sentiment d’être venus trop tard au monde : trop jeunes pour s’engager dans la résistance, trop vieux pour adhérer à mai 68, ils ont toujours été en retard sur leur époque. Une génération amère, minée par l’esprit de revanche, qui se sent trahie par le bouleversement du monde et l’évolution des mœurs. Chacun des oncles raconte une version différente, sur un ton différent, dans un style différent, de la vie du roi des Lives. On comprend alors qu’ils lui prêtent leurs propres passions, leurs propres traits de caractère, leurs aspirations, leurs rêves, leurs échecs ; peu à peu, derrière l’histoire des guerres héroïques que leur hypothétique ancêtre aurait livrées aux quatre coins du monde, à travers les non-dits, les mensonges, les lapsus, ce qui refait surface, ce sont les guerres bien réelles et peu glorieuses qu’ils ont menées eux-mêmes, en tant qu’appelés du contingent, en tant que militaires de métier, pour un empire colonial sur le déclin : occupation de l’Allemagne, expédition de Suez, guerre d’Indochine et d’Algérie, etc.

À la fin du livre, l'origine du sabre, malgré les recherches du narrateur, doit demeurer inconnue. Toujours est-il que les anecdotes racontées à propos de cette arme doivent permettre au narrateur de voyager en pensée, de creuser plus profondément l’histoire de la France et du continent, alors qu’il a le sentiment, chaque jour, de ne pouvoir s’extraire de l’atmosphère provinciale, étriquée, calviniste, dans laquelle il a grandi.  

Dans ce roman, j’aimerais approfondir des thèmes que j’ai déjà abordés dans les précédents : l’Histoire de la France et de l’Europe au vingtième siècle, l’écriture de l’Histoire et de la mémoire, la vie des petites gens et des petits bourgeois de province, leur langage et leur mythologie, l’attirance pour un nord de l’âme mais aussi la fascination enfantine pour les cartes et les pays imaginaires, le voyage impossible, le songe et le mensonge, l’affabulation.

L’architecture, en revanche, devrait être plus complexe. Il s’agirait cette fois-ci de m’orienter vers une forme ample, baroque, picaresque : chaque récit en appellerait un autre dans un jeu de digressions multiples, selon un principe d’étoilement et de ramification, qui est le principe même du picaresque. Le dispositif narratif adopterait un système d’alternance qui permettrait de multiplier les digressions et les analepses, de passer sans transition du présent de narration au passé simple, du discours indirect au discours indirect libre, tout en conservant autant que possible la fluidité de la phrase et du rythme.

Ici, comme dans les contes merveilleux, c’est un objet au pouvoir symbolique, passé de main en main, qui serait le nœud de l’intrigue : le sabre, arme qui a peu évolué en l’espace de trois siècles, rappellerait l’extraordinaire résilience des époques, l’éternel retour du même, mais il catalyserait aussi les différents sens du roman. Symbole phallique, il signifie le pouvoir des hommes, le pouvoir de mettre à mort. Par sa forme, il évoque la plume et le pinceau, donc la peinture, l’écriture, mais aussi le besoin de trancher, ainsi que l’idée de scission qui hante le narrateur schizophrène. À la fin, peu importe de savoir si le sabre a existé ou non, si le roi des Lives a existé ou non, si toute cette enquête n’a été qu’une hallucination. Car le but de la littérature, selon moi, ce serait cela : s’efforcer de voir l’épée qui est derrière le flambeau, se vouer au clair-obscur, quêter les petites lueurs de la vie qu’occulte la trop grande lumière du monde."

Emmanuel Ruben