Rencontre avec Marcel Cohen

Vendredi 8 décembre, 20h à Tours (37)

La librairie Le Livre de Tours organise une rencontre avec Marcel Cohen à l'occasion de la parution de ses deux derniers ouvrages, Autoportrait en lecteur chez Éric Pesty Éditeur et Détails. Faits tout juste paru aux éditions Gallimard.

"Avec son exergue méthodologique Autoportrait en lecteur donne d'emblée la clé de ce livre composé exclusivement de citations : « Les citations ont un intérêt particulier dans la mesure où ne notons jamais que nos propres paroles quel que soit celui qui les a écrites. Le "quel que soit", c'est le citateur lui-même mais sous d'autres traits, à une autre époque, en d'autres circonstances. » (Wallace Stevens, lettre à Elsie Viola Kachel le 7 janvier 1909.)

Replacé dans l'œuvre de Marcel Cohen, ce livre marque à la fois une extrémité, celle du retrait de l'auteur qui, à la manière de Charles Reznikoff (Témoignage. Les États Unis (1885-1915)) ou de Walter Benjamin (Allemands, une série de lettres), décide de composer avec une matière langagière déjà existante ; et un fil conducteur, puisque les citations dont ce livre est constitué ont été compilées tout au long d'une vie de lecteur et permettent d'esquisser le plus exigeant des portraits de l'auteur.

Les cinq chapitres du livre, qui traversent les thèmes d'une interrogation existentielle, du traumatisme des guerres du XX° siècle, de la nécessité de dire malgré tout, de la forme comme impératif éthique, et autres faits, se concluent sur des notes qui restituent minutieusement la source de chacune des citations, composant la bibliothèque idéale d'un lecteur du XXI° siècle."

« Je n’ai aucun talent. J’écris avec tant de peine, si lentement. Le hasard me fournit ce dont j’ai besoin. Je suis comme un homme qui trébuche : mon pied heurte quelque chose, je me penche et c’est justement  ce qu’il me faut. » James Joyce cité par Marcel Cohen dans Autoportrait en lecteur.

"Détails qui s’inscrit dans le prolongement de la trilogie des Faits (publiée entre 2002 et 2010), témoigne une nouvelle fois chez l’auteur, mais sous un angle légèrement différent, du sens tout à fait unique de l’observation, de l’introspection et de l'Histoire. En faisant du détail d’un paysage, d’une situation, d’une œuvre d’art, l’essentiel, il renverse le point de vue habituel et réveille singulièrement le regard et la pensée de son lecteur."

« Chez un homme s’attachant si bien à l’infinitésimal, ou à l’anecdotique, quelque chose relevait de la stupéfaction pure et simple. L’homme en était assez conscient : où que portât son regard, un détail semblait l’attendre là depuis toujours, lui et personne d’autre. » [Marcel Cohen, Détails, p.17]

« Où qu’il aille, les livres lui paraissaient si révélateurs que l’adolescent trouvait indiscret de trop approcher une bibliothèque. Cela revenait à fouiller dans un tiroir à l’insu du maitre de maison. Si, à la dérobée, il reconnaissait certains titres qu’il aimait, il sentait une petite décharge d’adrénaline et se savait chez lui chez les autres. La présence de livres qu’il n’avait pas lus, mais qui l’impressionnaient, le mettait au contraire dans une situation d’infériorité : il se sentait immédiatement gauche et bête. » [Marcel Cohen, Détails, p.105.]