Publié le 03/07/2017

Portrait de l'auteur nouveau

Discours de Marie Sellier, auteure et présidente de la Société des gens de lettres (SGDL), prononcé à l’occasion du débat professionnel un « nouveau livre » est-il en train d’apparaître ? à la Foire du Livre de Brive, le samedi 5 novembre 2016.

L’auteur nouveau à la création fertile 
L’auteur nouveau est chercheur, explorateur, inventeur. Sa création est multiple, inédite, libre, tantôt sage, tantôt étonnante, décalée, décoiffante, souvent métisse, parfois exotique. 
L’auteur nouveau pioche la langue, tord les mots, brasse les concepts, fait bouger les frontières.
Il aide à décrypter le réel, à comprendre le monde et tout simplement à vivre mieux. Dans le verger de l’édition, l’auteur nouveau est un arbre qui donne de beaux fruits.

L’auteur nouveau n'a pas les deux pieds dans le même sabot 
L’auteur nouveau ne se contente pas d’écrire ses livres, il les porte. Homme ou femme-orchestre, il est sur tous les fronts et ne ménage pas sa peine pour accompagner ses ouvrages virtuellement sur les réseaux sociaux et physiquement sur les routes de France, d’Europe, du monde.
Il intervient dans les librairies, les bibliothèques, les écoles, les centres sociaux, les prisons.
Lorsque le livre est remarqué, le tour de France devient marathon. Si les rencontres dans les écoles et les bibliothèques sont rémunérées ainsi que désormais les participations aux tables rondes dans les salons dès lors que ceux-ci sont soutenus par le CNL ou par la Sofia, les rencontres en librairies sont, pour l’heure, en général gratuites. Idem pour les interventions dans un grand nombre de salons non subventionnés par le CNL ou la SOFIA.  

L’auteur nouveau sait lire et le fait savoir 
Il se produit sur les scènes, souvent avec musique ou projections vidéo. Il devient performeur. On commence à voir fleurir de belles scènes littéraires partout en France.

L’auteur nouveau est connecté
Il est moins isolé qu’autrefois, Il adhère volontiers aux associations d’auteurs qui le conseillent, notamment en matière de contrat d’édition et lui proposent des formations juridiques, fiscales et sociales. 
L’auteur nouveau est en lien avec d’autres auteurs via internet et les réseaux sociaux. Il échange des informations et a conscience que les problèmes qu’il rencontre sont partagés par d’autres.

L’auteur nouveau ne craint pas d'apprendre à écrire 
Il n’hésite pas aller à l’université pour se perfectionner au sein de mastères de création littéraire qui se multiplient sur l’ensemble du territoire. Il suit des formations à d’autres formes d’écriture ou pour travailler à l’adaptation de ses œuvres.

L’auteur nouveau a souvent le cul entre deux chaises 
Invité en qualité d’auteur à intervenir lors d’une table ronde, il n’est pas pour autant toujours certain de pouvoir être rémunéré comme tel, c’est-à-dire en droits d’auteur. Cherchez l’erreur : une circulaire interministérielle sur les revenus accessoires inadaptée qu’il est urgent de réviser ! 

L’auteur nouveau est sur la corde raide
Alors que l’ensemble du secteur de l’édition confirme année après année sa bonne santé et l’auteur nouveau, lui, se paupérise. 
Le tirage moyen des livres de l’auteur nouveau s’est réduit comme peau de chagrin. Si l’ouvrage marche correctement, il sera toujours temps de le réimprimer ; s’il marche couci-couça, il disparaîtra. Un livre chasse l’autre.
Quelques chiffres : il y a en moyenne 200 nouveautés par jour, soit un peu plus de 8 livres publiés par heure. Le nombre de livres a augmenté de 80% en 16 ans. Sur la même période, le tirage moyen a baissé de 33% et le nombre d’exemplaires vendus par titre de 34%.
C’est un fait : il est de plus en plus difficile pour l’auteur nouveau de vendre autant d’exemplaires qu’auparavant.

L’auteur nouveau ne roule pas sur l'or
Savez-vous combien touche un auteur par livre en moyenne ? Un euro. Oui, un euro par exemplaire vendu, qui, si tout se passe bien, lui sera versé une fois par an, et parfois jusqu’à 18 mois après que la vente ait eu lieu.
Une récente étude du Ministère de la Culture et de la Communication, du CNL et d’un certain nombre de Structures Régionales pour le Livre nous apprend que 41 % des auteurs affiliés à l’AGESSA ou pouvant prétendre l’être gagnent moins que le SMIC.

L’auteur nouveau a de plus en plus de difficultés à vivre de sa plume 
Et cela quel que soit le secteur éditorial.
C’est simple : contrairement aux autres biens, le prix du livre n’a pas augmenté et les droits d’auteurs proportionnels non plus. Si bien qu’à nombre équivalent d’exemplaires vendus, les revenus des auteurs ont diminué. 
L’auteur nouveau a perdu du pouvoir d’achat.
Tout aussi préoccupant, l’étude déjà citée montre que le jeune auteur nouveau a de moindres perspectives de progression de ses revenus d’auteur que ses aînés. Le jeune auteur nouveau est d’emblée pris dans cette spirale de paupérisation.

L’auteur nouveau est pris en tenailles entre des revenus qui baissent et des charges qui augmentent 
On a en effet assisté ces dernières années à  une augmentation significative de la pression sociale et fiscale avec l’instauration de cotisations pour la formation professionnelle et la retraite complémentaire et une augmentation de la TVA à 10% sur les revenus d’auteurs, alors même qu’elle n’est que de 5,5% pour le livre. Et ça va continuer : en 2019, tous les auteurs, affiliés ou non à l’AGESSA, devront s’acquitter d’une cotisation retraite d’environ 7% 

L’auteur nouveau est encore trop souvent considéré comme un pur esprit  
Le rémunérer pour son travail n’est pas une évidence pour tous. En témoignent les débats qui ont agité la communauté internationale lors des discussions portant sur la réforme du droit d’auteur européen.
Le mythe de la gratuité de la culture fait du tort à l’auteur nouveau. On l’appréhende rarement dans sa dimension économique.

L’auteur nouveau est tenté par l'autoédition 
Trois millions de textes « maison » sont aujourd’hui proposés en ligne. L’actuel partage de la valeur dans l’édition numérique ne valorisant que médiocrement l’apport du créateur, l’auteur nouveau choisit parfois de sauter le pas et de devenir l’éditeur de son œuvre … avec une plus ou moins bonne fortune.

L’auteur nouveau se désole du manque de transparence des comptes 
Alors que les nouvelles technologies devraient au contraire permettre une information plus régulière, plus claire, plus exhaustive, l’auteur nouveau constate un flou sur les chiffres de vente de ses livres et regrette d’avoir si peu d’informations sur la vie de son œuvre (tirages, adaptations, cessions de droits…).

L’auteur nouveau souhaiterait un meilleur partage de la valeur
Il est urgent de revoir les barèmes de droits proportionnels dans l’édition numérique, domaine où les pourcentages sont encore trop souvent les mêmes que dans l’édition papier, ainsi que dans certains secteur comme la jeunesse où les droits sont toujours moitié moindres qu’en littérature générale. On se demande bien pourquoi.

L’auteur nouveau rêve... d'un éditeur nouveau 
Un éditeur qui serait plus transparent et plus professionnel.
Aujourd’hui, tout le monde peut s’autoproclamer éditeur du jour au lendemain. A quand un minimum de professionnalisme pour le devenir ? Etre éditeur ne s’improvise pas. Il faut avoir un minimum de compétences juridiques et comptables (en matière de reddition de comptes, notamment) pour être à même d’assumer ses obligations contractuelles envers l’auteur.

Heureusement l’auteur nouveau n’a pas perdu sa faculté de rêver un monde meilleur.  

Marie Sellier, auteur et présidente de la SGDL