Publié le 09/05/2019

Les très riches heures du Petit Faucheux - deux soirées d'avril, de mémoire 1/2

Le 29 avril, le deuxième cours de Maryline Heck dans lequel j'interviens a lieu au Petit Faucheux. C'est-à-dire que le groupe de L3 avec lequel nous avons travaillé sur la lecture de l'enjambement, comme j'en parle dans le précédent "post" de ce carnet, revient, 3 semaines plus tard, pour un cours in situ: une première heure durant laquelle les étudiants pourront lire les poèmes réalisés suivant les consignes données le 1er avril, puis une heure de lecture à trois voix ouverte au public, suivie d'une demi-heure de questions avec la salle.
Lucien Suel et Christophe Manon tiennent tous deux à assister à la première heure de cours et à entendre le travail des étudiants. 
Nous prenons place dans la belle salle du Petit Faucheux, et bientôt, les étudiants "se lancent", et viennent lire leur texte, soit sur le plateau et au micro déjà installé pour la lecture, soit simplement face à la salle. Quel courage! Certains tremblent après la lecture, certains affirment qu'ils ne voulaient, en fait, pas lire, certains sont, aussi, très à l'aise, et comme déjà rôdés à l'exerice. Plusieurs ajoutent, à la contrainte du vers justifié, d'autres contraintes (acrostiche, décasyllabes, alexandrains ou rimes.) 
Une première discussion s'engage autour de la difficulté du vers justifié, de son aspect ludique aussi: c'est un défi technique, et le relever apporte une satisfaction certaine... plus le vers est long plus il est aisé de l'écrire... la contrainte formelle conduit à travailler la syntaxe mais ne modifie pas fondamentalement le contenu de ce que l'on souhaitait dire... Lucien Suel rappelle à cette occasion la genèse du vers justifié, son désir de réaliser des colonnes de texte pour une revue, qui l'a conduit à choisir un nombre de signes par ligne, et à s'y tenir. La mécanique orale de ce vers, qui est si frappante dans sa diction et dans celle d'Ivar Ch'Vavar, quoique de manière évidemment distincte chez chacun, vient donc d'une "impulsion" visuelle. 
S'engage aussi une question autour du vers libre, dont Christophe Manon considère qu'il n'existe pas réellement en tant que tel: on écrit en vers ou en prose, mais l'absence de métrique relève d'une autre forme de contrainte, et le simple fait d'aller à la ligne ne constitue pas un vers. Il cite à cet égard la "phrase flottante" ou "phrase volante" de Ransmayr, (dont il est notamment question ici). La discussion est riche; elle se poursuite après le moment de lecture où nous nous succédons sur le plateau, pour retrouver ensuite un bord de scène depuis lequel répondre aux questions de la salle.
L'état un peu comateux dans lequel me laisse chaque lecture va nuire, ici, malheureusement, à la précision de ce compte-rendu, écrit, comme chaque entrée de ce carnet, au fil de la pensée: il s'agit simplement de fixer un peu les choses, de garder une trace de ce qui se trame ici, sans nécessairement l'approfondir...
Ce dont je me souviens, c'est tout de même que Stéphane Bouquet, présent grâce à un heureux hasard du calendrier CICLIC, nous demande dans quelle mesure il "manquerait" au texte écrit quelque chose - une "couche de sens"- que la lecture, chaque lecture à voix haute ferait exister.
Et je me rappelle aussi que la discussion s'achève sur la belle image, évoquée par Lucien Suel, d'un jardin potager, des sillons creusés dans la terre et des lignes tracées sur la page.
Ce que je retiens, enfin, de toute la "séance", c'est que les étudiants de Maryline me sont apparus, dans ce nouveau contexte, comme métamorphosés, bien plus "présents" et sûr d'eux qu'ils ne l'étaient au cours précédent, ce que j'attribue aussi bien au bel accueil de Françoise Dupas et de toute son équipe en ses murs, qu'à la présence généreuse des deux poètes qui partagent avec nous ces "très riches heures." 
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Pour des images de toute la séance, voir .