Publié le 03/07/2017

Le paradoxe de l'écrivain

Jamais l’écrivain n’a été aussi réclamé, désiré, invité, écouté et jamais sa situation n’a été aussi bancale. Son statut symbolique fait rêver, mais sa situation économique n’a rien d’enviable.
Si quelques dizaines d’auteurs dont la presse se fait régulièrement l’écho gagnent plutôt bien leur vie avec leurs livres, la classe moyenne des auteurs a de plus en plus de mal à vivre de son activité, en particulier les plus jeunes d’entre eux.
La chaîne du livre vit du livre, comme son nom l’indique. Pourquoi les auteurs, qui sont pourtant à l’origine des livres, ne peuvent-ils en faire autant ?

Pour la Société des gens de lettres (SGDL), il est aujourd’hui impératif de : 

■ revoir le partage de la valeur du livre. Les pourcentages de droits d’auteur ne cessent de baisser alors que les coûts de fabrication se sont considérablement réduits. Il serait légitime que tous les auteurs perçoivent, avant toute négociation individuelle, une rémunération minimum garantie de 10% du prix du livre papier et de 20 % pour un livre numérique. 

■ obtenir enfin une véritable transparence dans les relevés de comptes adressés à l’auteur, comme le permettent les systèmes d’information du XXIe siècle, et un accès direct des auteurs à tout ce qui concerne la vie de leur œuvre, à commencer par les chiffres de vente. 

■ permettre aux auteurs d’être sereinement rémunérés pour toute intervention ou activité réalisée en lien avec leur métier d’auteur. Il est impératif de revoir la circulaire de 2011 sur les revenus des auteurs qui empêche encore aujourd’hui la plupart d’entre eux d’être rémunérés en droits d’auteurs alors qu’ils interviennent pourtant en tant qu’auteurs.  

■ trouver d’autres sources de financement pour la retraite obligatoire des auteurs.
Ce financement ne peut pas continuer à reposer sur une hausse systématique des cotisations des auteurs dont les revenus sont déjà irréguliers et fragiles. La perspective d’une légitime retraite ne doit pas avoir pour conséquence immédiate d’accentuer la précarisation des auteurs. Il est urgent que les auteurs puissent enfin se faire entendre du  ministère des Affaires Sociales. 

■ traiter véritablement la question du livre d’occasion qui a pris une part importante et grandissante dans l’économie du livre et sur lequel les auteurs, comme les éditeurs, ne perçoivent aucune rémunération. 

■ consolider les piliers du secteur du livre. Maintenir un droit d’auteur et un droit des auteurs forts, en France comme en Europe ; ne souffrir aucune dérogation au principe du prix unique du livre (réglementer les ventes soldées) ; préserver les institutions publiques du livre dans leurs missions et leurs moyens (Ministère de la Culture, Centre National du Livre et Structures Régionales pour le Livre).

Pour une création littéraire indépendante, diversifiée et de qualité, il est urgent et capital que tous les acteurs de la chaîne du livre perçoivent un juste revenu de leur activité.

La convocation par la Ministre de la Culture d’Etats généraux de l’édition sur les questions de rémunération, de transparence, de simplification et de modernisation serait à ce titre un premier acte fort.

La Société des gens de lettres