Publié le 13/03/2015

Laëtitia Bourget et Emmanuelle Houdart : l'histoire d'une rencontre

De septembre à novembre 2014, l’association Livre Passerelle, implantée à Tours, a accueilli en résidence Laëtitia Bourget, auteure de littérature jeunesse dont le travail artistique se développe sous diverses formes : écriture, vidéo, photo, installation, peinture...
Pour le premier rendez-vous public de cette résidence, Laëtitia Bourget a invité Emmanuelle Houdart, illustratrice avec qui elle a réalisé plusieurs ouvrages. Cette soirée a été l'occasion de découvrir, par le biais de lectures et de projections, le travail de ces deux auteures.

Audrey Gaillard faisait partie du public. Nous vous invitons à partager le texte que lui a inspiré cette rencontre.  


Signes d’elle(s)

"Les choses que je sais d’elle : Une générosité, une émotion, une ambition, un rire.

Laëtitia Bourget, auteure, illustratrice, plasticienne présente son amie Emmanuelle Houdart ce jeudi 25 Septembre 2014 dans l’espace Jacques Villeret de Tours.

Elles travaillent alors dans des ateliers d’artistes à quelques pas l’une de l’autre. Emmanuelle propose à Laëtitia  d’écrire un texte, ou Laëtitia propose un texte à Emmanuelle… les mémoires diffèrent. Peu importe, un premier texte naît : « un ange, un regroupement de fées, un être qui vivait beaucoup plus bas que nous, une tête, un bras ». Emmanuelle se laisse embarquer par l’étrangeté des mots et crée avec Laëtitia, Les choses que je sais, publié en 2003 aux éditions du Seuil. Laëtitia Bourget réalise à quel point l’écriture était enfouie, piétinée, écrasée au plus profond d’elle-même. Une porte se ré-ouvre, « C’est ma chambre », dit-elle. Elle affirme que l’origine de son écriture c’est sa rencontre avec Emmanuelle Houdart, c’est le point d’ancrage de son écriture.

« Quand j’écris, je ne vois pas d’image. J’ai un ressenti très pur.
Je fais un voyage. J’embrasse la multitude pour arriver à un noyau. C’est ce mouvement de resserrement que je fais. J’essaie de saisir une complexité, rendre le texte le plus habitable possible pour le confier à Emmanuelle. »
Paraîtront L’apprentissage amoureux, Les heureux parents, Une amie pour la vie entre 2005 et 2012.
L’écriture est efficace, pas de bavardage. Laëtitia entre dans la matière, comme on coupe un fruit ou dissèque un insecte. Elle est dans le cœur du sujet, elle cherche, elle creuse ; elle économise les mots pour aller à l’essentiel. Le texte se métamorphose, Emmanuelle crée avec ses feutres un univers imaginaire, fascinant habité par des personnages démesurément chargés d’objets symboliques, des monstres, des animaux, des oiseaux, des fleurs… L’illustratrice confie qu’elle insère dans ses dessins des « signes d’elle », de son amie. Les livres sont imprégnés d’elles, de leurs discussions, de leurs corps, de leurs visages.
Ce qui importe à Laëtitia Bourget c’est d’unir deux mondes parallèles, les faire cohabiter : texte et dessin, respecter les tensions fortes entre l’un et l’autre. Elle aime la multiplicité des expériences, elle précise « L’expérience d’une œuvre multiplie les expériences dans ma propre vie ». Lorsqu’elle découvre le travail d’Emmanuelle Houdart réalisé à partir de son texte, elle reste profondément silencieuse. Elle ne s’immisce pas dans le travail de l’illustratrice. Emmanuelle exprime la nécessite de vivre une amitié pour travailler avec une personne.

Laëtitia parle du choc de la première lecture de l’album qu’elles viennent de créer ensemble : « On est lectrice nous-même du livre que l’on a fait ensemble. » Elle cherche comment ce livre la nourrit, comment il fait écho dans sa vie, comment il la construit. Elle espère que le lecteur a cette même exigence, elle affirme avec ardeur : « Mon ambition, soutenir le parcours de vie des autres ». Elle revendique ce côté ambitieux : « Je ne vis pas pour moi, je fais partie de l’humanité. C’est essentiel de sentir que l’on apporte quelque chose à l’humanité. On se projette dans l’autre. J’ai envie de partage. La littérature jeunesse est littérature. Elle ne doit pas exclure, être réservée aux enfants. J’écris un texte pour un être humain. Chaque être humain doit pouvoir s’en emparer. »
« Elle est très surprenante », affirmera Emmanuelle Houdart.
Laëtitia Bourget n’aime pas être là où on l’attend, elle cherche dans ses ressources intègres. Elle aime l’impertinence, l’expérimental, l’exigence.
Elle vient de faire une proposition d’album à Emmanuelle qui ne s’en est pas encore saisie. Elle explique qu’elle peut faire un livre si celui-ci rejoint une préoccupation personnelle. Espérons que ce sujet le devienne (je n’en connais pas le thème !).

« Elles associèrent leurs forces pour réussir de grandes choses », extrait de Une amie pour la vie, éditions Thierry Magnier, 2012."

Audrey Gaillard