Publié le 30/04/2019

écouter lire / au sujet de la lecture rencontre du 29 avril en compagnie de Christophe Manon et Lucien Suel

La lecture qui aura lieu demain se situe dans le cadre du cours d'écriture créative de Maryline Heck, qui enseigne les lettres modernes à l'Université de Tours. Maryline est maître de conférences en littérature française,  spécialiste notamment de Georges Perec, de l'Oulipo, et elle m'a ouvert, avec générosité, son cour,s pour deux interventions autour d'une question bien précise: la lecture de l'enjambement.

Je suis intervenue une première fois le 1er avril dans le cours de L3 de Maryline autour de la diction et de la coupe du vers, pour sensibiliser les étudiants aux phénomènes prosodiques (scansion, silences), et chercher avec eux comment faire entendre la non-coïncidence entre structure syntaxique et découpe du vers, en posant une question simple: faut-il ou non "marquer" l'enjambement? 

Nous avons commencé à travailler cette question par la lecture de quelques vers et strophes d'Apollinaire, puis par l'écoute du "Passionnément" de Luca, parce que le lien entre corps/voix/ et énergie de la diction me semble essentiel. J'ai ainsi découvert qu'au tout début de Cortège "oiseau tranquille au vol inverse oiseau// qui nidifie dans l'air", ne pas marquer la coupe à "oiseau", mais à "inverse" (où l'on placerait la virgule) conduit à faire entendre deux octosyllabes, là où ils ne sont pas...

Enfin, nous avons lu ensemble certains de mes textes ainsi que des poèmes de Christophe Manon et Lucien Suel, qui tous deux pratiquent, à leur manière singulière, la coupe du vers, comme recherche, me semble-t-il d'une langue poétique rythmée, tendue, quoiqu'affranchie de métrique (il n'est plus question, ici de compter le pieds).

Ainsi, les strophes de Christophe Manon, notamment dans "Au Nord du Futur", dessinent-elles une courbe fluide, la tension qui anime chaque poème se rejouant, comme par rebonds, du début à la fin de chaque vers, pour ne trouver qu'au dernier mot sa résolution. Lucien Suel, quant à lui, met en oeuvre une poésie qui travaille avec puissance la matière de la langue et du réel, et lui donne cadre et forme par la contrainte du vers justifié dont il fut l'inventeur. Ce sont ces deux voix, associées à la mienne, que je me réjouis de faire entendre demain, le 29 avril, aux étudiants et au public, dans le cadre chaleureux du Petit Faucheux qui nous accueille pour l'occasion