Publié le 16/04/2018

Entretien avec Elis Wilk à l'occasion de la sortie de son nouvel album "L'appel de la lune"

L’appel de la lune est une promenade menant de l’obscurité de la nuit à la pleine lumière du jour, toute en sonorités et sensorialité. Son auteure, Elis Wilk, y mêle dessins manuels et techniques informatiques avec un style qui n’appartient qu’à elle. Elle évite la froideur des images électroniques en travaillant les textures : aquarelles, traits de crayon et photographies se côtoient sur une même planche, conférant à l’histoire une atmosphère onirique. À l'occasion de la sortie de L’appel de la lune en librairie, son éditeur, Versant Sud Jeunesse, lui a consacré un entretien, que nous relayons ici. 

Elis, ton parcours vers l’illustration n’a pas été direct. Peux-tu nous le raconter ?  

J’ai toujours beaucoup aimé les livres. Enfant, je les dévorais. J’aimais aussi dessiner mais, comme beaucoup, j’ai arrêté vers douze ans. Bien des années plus tard, lors d’un séjour Erasmus en Pologne, je m’y suis remise. J’habitais avec des amies qui étudiaient l’art et, le soir, nous dessinions ensemble dans la cuisine.
J’ai commencé à esquisser des visages, sans doute parce que j’étais alors influencée par l’École de Paris (Modigliani, Picasso etc.) et aussi par Witkacy, inventeur de l’incroyable « firme de portraits ». Là-bas, j’ai aussi découvert l’affiche polonaise et cette approche graphique et narrative m’a bouleversée.
Ensuite, après des études en Lettres modernes et en Sciences politiques, j’ai travaillé cinq ans dans l’éducation artistique au sein du Théâtre Romain Rolland à Villejuif avant de revenir à mes premiers amours : l’art, les couleurs et le livre. Je me suis inscrite aux Beaux-Arts en Italie puis à Bruxelles dans l’atelier d’Anne Quévy. J’avais presque trente ans.

Comment est né L’appel de la lune ? 

Au début, ça devait être un livre sur la peur des bruits car mon fils, Roman, avait une peur bleue de ceux de la machine à laver, des avions ou encore des pas de la voisine au-dessus de sa tête. Puis, en développant l’histoire et les dessins, j’ai eu envie de parler de la peur de manière plus générale et que ça devienne une forme de parabole poétique sur le rapport d’attraction-répulsion à sa propre peur dans le processus d’autonomisation chez l’enfant.

Pour Maman ?!, tu sembles avoir été inspirée de situations bien réelles.  

Oui ! J’ai créé Maman ?! lors de ma résidence dans le Cantal. J’étais seule avec mon fils qui avait alors deux ans et répétait tout le temps « maman ». Dans un ping-pong verbal, je lui répondais : « oui, mon petit tracteur », « oui, ma petite chaussette », « oui, ma petite vache » ou encore « oui, ma petite cuillère ». Il y avait aussi ce petit garçon qui, un jour, m’avait répondu « je ne suis pas un chat ! » quand je l’avais appelé « mon petit chat ». Je trouvais ce décalage enfant-adulte très intéressant. Cet album parle aussi de relation, d’imaginaire et de transmission.

Ces deux albums sont graphiquement très différents. Quelles techniques as-tu utilisées ? 

Si le résultat final est dissemblant, la technique ne l’est pas tant que cela. La différence réside dans la matière initiale : pour Maman ?!, j’ai réalisé, à l’aquarelle et au critérium, des petites collections d’objets, personnages, textures et autres motifs que j’ai ensuite assemblés via Photoshop pour créer chaque illustration. Pour L’appel de la lune, j’ai travaillé presque exclusivement sur Photoshop via des photographies et quelques fonds colorés, scannés au préalable. Le fond de chaque image est travaillé de manière beaucoup plus picturale pour renforcer l’aspect onirique de l’album.

Tu participes à beaucoup de projets autour de tes livres : animations, résidences d’auteur, expositions… Qu’est-ce que cela t’apporte en tant qu’artiste ? 

J’aime de plus en plus « sortir du livre », que les histoires et les dessins débordent du cadre. En ce moment, je travaille avec l’artiste Delphine Dora à une performance qui fera écho à L’appel de la lune et mêlera dessin en direct, récit et créations sonores. La première aura lieu dans le cadre de ma résidence de création à la médiathèque de Vierzon, en avril. Cette résidence c’est aussi l’occasion de mener de nombreux ateliers artistiques avec les enfants et les adultes.
Ce matin, j’animais un atelier avec des enfants venant de différents pays et qui ont commencé à apprendre le français en septembre. Certains ont vécu des choses difficiles. Je suis touchée par leur curiosité et leur talent. J’adore transmettre ma passion pour l’art et la création. Ces rencontres me « boostent » et nourrissent mon travail. Je suis convaincue que la créativité est bonne pour la santé !

Quels sont tes prochains projets ?  

En avril, il y a l’exposition « Se nicher, s’envoler... » pour les tout-petits avec la Médiathèque de Troyes. Je travaille aussi sur un projet d’album qui mettra en lumière les moments fugaces et poétiques qui ponctuent notre quotidien (un sourire matinal, une porte qui se referme sur quelqu’un qui s’en va, l’ombre d’une pompe à essence, etc.).
Il y aura aussi la création d’affiches pour une compagnie de cirque. J’aimerais, un jour, créer une pièce de théâtre dessinée et/ou dansée et proposer des résidences atypiques pour faire se rencontrer les artistes de différents champs artistiques.

[Éditions Versant sud jeunesse, mars 2018]